Après deux années compliquées, les militants pour le climat reviennent pour une grande marche le 12 mars. Le mouvement, en pleine recomposition, s’interroge sur les tactiques à privilégier : marches, blocages, mandats politiques...
L’idée, alors que le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) est plus alarmant que jamais : interpeller la classe politique sur l’urgence climatique, et demander des mesures fortes pour y répondre. « C’était le moment d’organiser un tel événement, dit Gabriel Mazzolini, porte-parole des Amis de la Terre. Notre objectif est de remettre au centre des débats la question climatique et sociale, et de donner de la force et de la légitimité au camp électoral écologique et social. Pour cela, il faut montrer qu’on est nombreux dans la rue, au-delà des partis politiques. » En outre, des grèves de la jeunesse pour le climat sont annoncées les 25 et 26 mars.
Tout cela présage-t-il un retour en force du mouvement climat qui, après des manifestations et actions de grande ampleur en 2018 et 2019, s’est fait discret ces deux dernières années ? Crise du Covid, omniprésence médiatique de l’extrême droite, criminalisation de l’activisme, refus de toute politique écologique ambitieuse de la part de l’exécutif — avec notamment l’échec de la loi Climat… Les difficultés se sont empilées et certains militants sont fatigués de marcher. (...)
Bien qu’« assez désespéré » par la situation actuelle, Hugo va malgré tout marcher le 12 mars, à Paris : « L’idée est de passer un moment joyeux, de se redonner de la force et d’essayer de faire parler du sujet un maximum. »
Un enjeu de visibilité également mis en avant par une activiste d’Alternatiba : « Il suffit de voir ce qui s’est passé pour la convention citoyenne pour le climat : beaucoup de com’ de la part du gouvernement, mais très peu d’actions et de moyens. D’où le rôle important du mouvement climat : déconstruire le discours de l’exécutif et faire en sorte que les citoyens soient informés et ne se laissent pas endormir. » La jeune femme de 26 ans est membre de cette association depuis un an — si le Covid a pu décourager certains activistes, la pandémie a également suscité de nombreux engagements.
« Marcher est une tactique au sein d’une stratégie plus globale »
Elle estime qu’il est aussi nécessaire de multiplier les « actions plus coup de poing », quitte à prendre des risques juridiques (...)
Extinction rébellion prévoit un « blocage massif à Paris » lors de son « inévitable rébellion » le 13 avril.
« Tout ce qui permet de faire reculer nos adversaires et de faire avancer le rapport de forces est bon à prendre. La marche, c’est une tactique au sein d’une stratégie plus globale : depuis 2018, le mouvement climat a persisté, et eu plein de manières différentes de se déployer », abonde Gabriel Mazzolini des Amis de la Terre.
Le mouvement climat s’est fortement politisé (...)
« Depuis 2018 notamment, j’ai vu le mouvement se massifier et changer radicalement. On a réussi à montrer que la question climatique impose d’avoir une approche systémique, et que les liens entre question climatique, question sociale et lutte contre le racisme sont indéniables. On porte une écologie populaire et, à partir du 12 mars, on compte relancer une dynamique qui aille bien au-delà du mouvement climat en tant que tel. D’autres mobilisations sont prévues par la suite. » (...)
De l’avis du chercheur Maxime Gaborit, le mouvement climat serait en fait en pleine « recomposition » : « Il y a aujourd’hui un groupe de jeunes plus engagés et plus nombreux qu’il y a trois ans, mais qui, face aux difficultés de mobiliser à nouveau les masses dans la rue et face à l’absence de réaction des pouvoirs publics, se questionne sur l’avenir à donner au mouvement. Ce dernier se recompose de ce fait en différentes branches, entre ceux qui veulent maintenir les marches, ceux qui réfléchissent à d’autres formes de désobéissance civile ou encore ceux qui reviennent à des luttes plus locales. » Le doctorant identifie en outre « ceux qui désirent participer un peu plus activement à la campagne présidentielle et au jeu électoral. Néanmoins, le mouvement est aujourd’hui sur une ligne plus hostile à l’économie de marché, et Europe Écologie-Les Verts n’apparaît plus nécessairement comme son débouché politique principal, la candidature de Jean-Luc Mélenchon attirant aussi de nombreux militants ». (...)
Plusieurs activistes se sont en effet récemment lancées en politique : Alma Dufour, ex-chargée de campagne des Amis de la Terre a ainsi rejoint La France insoumise, tandis que Marie Toussaint, juriste à l’origine de l’Affaire du siècle est désormais eurodéputée et conseillère climat et énergie de Yannick Jadot. (...)