Nous sommes lundi 16 Août, quelques jours seulement après la prise de Kaboul par les talibans. Il est 20h quand Macron prend la parole devant les français. A la même heure, des milliers d’afghans convergent vers l’aéroport international de Kaboul. Ils fuient pour leurs vies et leur liberté. Certains s’accrochent même désespérément aux ailes des avions américains de rapatriement. Ce lundi, au moins trois civils ont chuté du toit d’un avion qui s’envolait, ils sont décédés.
Cela fait 8 min 30 secondes que Macron a démarré son allocution. Pas une minute de plus. Devant le monde entier et face aux centaines de milliers d’afghans endeuillés, témoins directs de la destruction de leur pays, il ose.
Sans honte, il menace et met en garde ceux qui auraient l’audace de demander la protection à la France : « La déstabilisation de l’Afghanistan risque d’entrainer des flux migratoires irréguliers vers l’Europe. […] Mais l’Afghanistan aura aussi besoin dans ces temps de ses forces vives. Et l’Europe ne peut pas assumer à elle seule les conséquences de la situation actuelle. Nous devons anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers et importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent et nourriraient les trafics de toute nature. Nous porterons donc en lien avec la république fédérale d’Allemagne […] une initiative pour construire sans attendre une réponse robuste, coordonnée et unie qui passera par la lutte contre les flux irréguliers, la solidarité dans l’effort, harmonisation des critères de protection, et la mise en place de coopération avec les pays de transit et d’accueil, comme le Pakistan, la Turquie ou l’Iran. »
Il n’aura pu s’en empêcher. La plus sobre des décences aurait suggéré un soutien verbal même hypocrite, comme à son habitude. Il ne s’embarrasse plus de ces foutaises. Comme le veut l’usage de l’allocution macronite, il réemploie le vocabulaire guerrier à sa sauce, le futur réfugié afghan devient l’« envahisseur ». La France doit « se protéger contre les flux migratoires irréguliers ». Cela nécessite donc une « réponse robuste et coordonnée ». Il ajoute même discrètement que les afghans devraient avoir le courage de se battre dans leur pays, argument habituel des doudounes bleues, et autres randonneurs fascisés. Le pays aura besoin de « forces vives » proclame t’il. Les habitants de Kaboul qui luttent pour leur survie depuis des années sont-ils des forces molles ? Il poursuit en amalgamant les exilés et les « trafics de tout genre », avant d’enchainer brutalement avec « la protection des principes et valeurs » et la lutte contre « l’obscurantisme ».
Sentez-vous gronder l’armée de terroristes sanguinaires à nos portes, prêt à éliminer un à un chacun de nos « principe républicain » ? Si non, Macron est là pour vous convaincre. Le réfugié est un danger, c’est un fait.
Cela relève de l’obsession, plus rien n’est raisonné. Aucun mot sur l’urgence humanitaire. Le discours de Macron est à tel point dénué d’humanité et de considération empathique qu’il se félicite en bon roi d’avoir accueilli en France « près de 800 membres de la société civil afghane qui ont travaillé pour la France ». On sauve le petit personnel, on verra les autres plus tard.
En attendant, en France, les exilés afghans en demande d’asile sont condamnés à la rue, persécutés par les forces de l’ordre. Ils sont inlassablement chassés à l’extérieur de Paris, à l’ombre du périphérique. Les couvertures sont confisquées, les tentes tailladées. Les mineurs non accompagnés attendent des mois, parfois des années avant d’être protégés par l’Aide Sociale à l’Enfance. A Calais, un exilé perdait la vie ce jeudi 12 août en essayant de rejoindre l’Angleterre à bord d’une embarcation. Mais du côté français, rien ne semble pouvoir arrêter la répression. Les campements sont expulsés quotidiennement, les exilés sont arrêtés et enfermés en centre de rétention, les matraques tombent nuit et jour.
Depuis quelques semaines, le sort des milliers de réfugiés afghans se joue entre les mains des dirigeants européens qui veillent chacun à ne pas accueillir plus qu’un autre. La France aura attendu le 11 juillet pour geler les expulsions. Les associations contestent et affirment que certains réfugiés ont été expulsés cet été. Depuis le début de l’année 2021, au moins 1200 ressortissants afghans ont été contraints de regagner le pays en guerre. (...)
Si notre président à voulu faire passer un message de peur à nos frères et sœurs afghans, nous l’avons aussi entendu. Nous nous tenons prêts à fracturer les frontières de notre pays à grands coups de tenailles, d’antiracisme, et de solidarité populaire.
honte en effet, Macron a fait du LePen
Macron a été boutiquier chauvin, là où il aurait fallu tirer des enseignements pour toute l'humanité de la tragédie des 20 dernières années d'invasion de l'Afghanistan https://t.co/OoT3OUh6OE— Gerard Filoche (@gerardfiloche) August 17, 2021
Entre 1975 et le début des années 80, la France "de droite et de gauche" accueillait plus de 120 000 "Boat people" fuyant leurs pays. Qu'est-ce qu'est devenue cette France ?
Où sont-ils passés les Jean-Paul Sartre et Raymond Aron d'aujourd'hui, réunis autour d'une même cause ? https://t.co/T7i2Q3GiHR— Jean-Paul Kopp (@jeanpaul_kopp) August 16, 2021
Ou comment le Président de la patrie des Droits de l'Homme enterra le droit d'asile en une phrase.
La honte. Juridiquement, politiquement, éthiquement, moralement, la honte.#Afghanistan https://t.co/uOqdwOhkdl
— Claire Lejeune (@ClaireMLejeune) August 16, 2021
.@EmmanuelMacron préfère manipuler la tragédie afghane au profit de sa campagne électorale pour 2022, en rassurant l'extrême-droite.
Les droits humains sont à peine évoqués, alors qu'ils devraient être au centre d'une politique humaniste digne de notre histoire. https://t.co/ItWPW2ptKu— Nouvelle Donne (@Nouvelle_Donne) August 16, 2021
Le président passe à côté des vraies urgences et agite le chiffon rouge du "flux migratoire irrégulier" alors qu'un régime de terreur est de retour. Nous avons suffisamment documenté les horreurs des années 90 pour savoir ce qui arrive : mutilations, exécutions, répression.
— Nathalie Godard (@NathGodard_93) August 16, 2021
13h
Il ne suffit pas de dire "nous les aiderons autant que possible". On attend des actes pour effectivement protéger les Afghans, y compris ceux déjà présents en France : réexamen des demandes d’asile pour les déboutés, position ferme de l’UE sur le non-renvoi.