Les juges italiens du tribunal de L’Aquila ont-ils vraiment perdu la raison ? Ce lundi, ils ont condamné à six ans de réclusion cinq scientifiques de la commission italienne « grands risques », chargée d’évaluer les dangers liés aux tremblement de terre, pour « homicide par imprudence », suite au séisme de l’Aquila (2009).
Deux membres de la Protection civile italienne ont aussi été condamnés.
De nombreux scientifiques dans le monde ont été atterrés, déconcertés, choqués – un tremblement de terre ne pouvant pas se prévoir.
Mais les cinq scientifiques ont-ils vraiment été condamnés parce qu’ils n’avaient pas prévu le tremblement de terre ? Eh bien non ! (...)
Non, ce qui a perdu les scientifiques, c’est d’avoir répondu à l’exigence toute politique de rassurer les habitants du chef-lieu des Abbruzzes, alarmés par une longue séquence de secousses et des premiers dommages causés à des édifices, notamment une école.
Dans le procès-verbal, rapporte le Fatto quotidiano, il est écrit :
« Le but n’est pas de condamner les accusés pour ne pas avoir prévu la secousse destructive du 6 avril 2009 ou pour ne pas avoir lancé des alarmes de fortes secousses imminentes ou pour ne pas avoir ordonné l’évacuation de la ville. […] La science ne dispose pas actuellement de connaissance ou instruments pour prévoir les tremblements de terre. »
Et :
« Sont imputés tous les membres de la Commission nationale pour la prévision et la prévention des grands risques réunis à L’Aquila en date du 31 mars 2009 avec l’objectif de fournir aux citoyens des Abbruzzes toutes les informations disponibles à la communauté scientifique sur l’activité sismique des deux dernières semaines ; pour négligence, imprudence et inexpérience. » (...)
Le procès qui a conduit à la condamnation de ces scientifiques n’est pas un procès de compétences. Tous sont éminemment reconnus dans leur domaines. Ce procès condamne les relations entre scientifiques et politiques. (...)
Le procès de lundi a surtout laissé un goût d’inachevé. Antonio Moretti est amer.
« Cette condamnation est une honte car aux yeux de l’opinion publique, elle fait des scientifiques les coupables de cette tragédie. Des boucs-émissaires.
Bien sûr, ils ont commis une erreur en participant à cette commission et en tenant des discours approximatifs. Mais c’est là leur seule faute. La peine est très lourde.
En revanche, ce n’était pas à eux d’agir, de prendre une décision. Cela relève de la compétence des politiques. Bref, les responsabilités doivent être partagées. » (...)
L’Aquila meurt une seconde fois
Aujourd’hui, la ville de l’Aquila est toujours en chantier. Nombreux sont ceux qui s’inquiètent de la non-reconstruction du centre historique de la ville, privant les habitants d’un lieu de rencontre et de possible vie commune.
Ici, 37 000 personnes vivent toujours grâce aux aides d’Etat, faute de mieux. Les travaux s’éternisent et l’espoir de voir un jour la ville refaite à neuf s’est envolé en fumée.
Aucune date n’a été fixée concernant la fin des travaux, contrairement à ce qu’avait promis Silvio Berlusconi, qui a depuis démissionné. Et la politique de rigueur du gouvernement Mario Monti n’a pas pour priorité l’aide aux victimes de tremblement de terre.
Non reprise en main de la situation, la population laissée à son triste : aujourd’hui, L’Aquila est juste en train de mourir une seconde fois.