Colère.
Colère noire en lisant toutes les conneries débitées sur les Roms, que l’on parle des "gens du voyage", absurde terminologie bureaucratique, ou de ceux récemment arrivés de Roumanie et Bulgarie.
(Oui, excusez-moi, mais le langage de ce billet ne sera pas châtié.)
Colère de voir les sinistres du gouvernement reprendre à leur compte toutes les beauferies des bas du Front, des "trafics" aux "Mercedes".
trois mois, dans la grande prescience qui lui vaut son nom, Cassandre publiait dans son numéro 81,« L’autre, sans qui je meurs » un dossier consacré à ce "peuple de promeneurs" et à sa culture.
Je ne reprendrai pas ici l’ensemble des discours forts d’un Tony Gatlif, d’un Marcel Courthiade (titulaire de la chaire de romani à l’INALCO), d’un Alexandre Romanès pour démonter l’ensemble du ramassis de clichés qui nous est infligé aujourd’hui par le gouvernement de Vichy, et vous renvoie à cette lecture (on peut se le procurer ici en version numérique !). Précision en revanche : j’utilise le mot "Rom" à la fois pour ceux que la France appelle "gens du voyage" (Gitans, Manouches, Roms de l’Est présents de longue date et Français) que pour les migrants, comme le préconise l’Union Romani internationale.
Je vais juste ici démonter un cliché asséné par tous les blaireaux, sur tous les forums, et que le sinistre de l’Intérieur a cru bon de légitimer en le reprenant à son compte.
"Comment font-ils pour rouler dans des Mercedes et avoir de grosses caravanes alors qu’ils sont au RMI ?" glapit le chœur des lobotomisés.
1/ Les caravanes et les grosses bagnoles, cela ne concerne qu’une partie des Roms installés en France de longue date... qui contrairement aux débilités assénées à répétition, travaillent. Et ce travail, ça va du médecin au ferrailleur en passant par le commerçant. Eh oui, il y a beaucoup de Roms qui exercent des métiers tout à fait classiques, sont sédentaires et se fondent dans la population (ce que ceux qui sont attachés à la singularité de cette culture peuvent regretter, mais c’est un autre débat).
2/ Parmi les itinérants, beaucoup travaillent aussi (boulots temporaires, précaires...eh bien oui, comme beaucoup de gens aujourd’hui, ou réguliers (marchés notamment). (...)
3/ Les Roms migrants arrivés récemment de Roumanie et Bulgarie n’ont pas droit au RMI, ni droit au travail suite à une disposition scélérate qui exige des employeurs de Bulgares et Roumains des CDI, plus un droit de 900 euros à payer pour les embaucher. Vous connaissez beaucoup d’employeurs prêts aujourd’hui à verser de l’argent pour embaucher, et prêts à embaucher en CDI ? Et vous vous étonnez qu’ils mendient ?
4/ La caravane est souvent le SEUL patrimoine des Roms itinérants (et on ne tracte pas une caravane avec une twingo, bananes) . Quand un jeune couple se marie, la communauté fait une tontine (collecte) pour les aider à se la payer avec la voiture. Ça ne suffit pas forcément, alors le couple fait appel à des organismes de crédit qui prêtent à des taux usuraires.. puisqu’ils n’ont pas droit au crédit immobilier, la caravane n’étant pas reconnue comme habitat. (...
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Les problèmes chez les Roms sont tout autre que là où on veut les voir. La délinquance ça existe. Là comme ailleurs. Aux effets moins graves que celle en col blanc. Mais les braves gens dont se moquait déjà Brassens ne payent probablement jamais leur femme de ménage au black, ne roulent ni bourrés ni au dessus des limitations de vitesse, et déclarent scrupuleusement leurs impôts ? Non ?
La question Rom, elle se pose surtout dans la négation de leur singularité culturelle, qui leur a précisément permis de survivre (Voyez à cet égard le magnifique Liberté de Tony Gatlif). (...)
Les dernières annonces sur des Roms et l’expulsion des campements de partout, ça porte un nom : épuration ethnique.
Et la volaille de droite ou républicaniste dure poussait des cris de pucelle effarouchée, quand on parlait de "Vichy" ou de "rafles"... (...)