Au-delà d’une linéarité renforcée, la frontière se présente comme un objet géographique particulier qu’il convient de repenser dans sa complexité.
Les frontières ne servent pas à oublier les réalités ethniques, mais contribuent à fabriquer des périmètres identitaires puissants qui minorent les héritages régionaux au profit de l’échelle nationale. C’est ce que je veux dire quand j’affirme que ce n’est pas une identité nationale stable qui produirait une frontière autour d’elle, mais que c’est au contraire la frontière qui crée l’identité. Une fois la frontière tracée, le travail d’étaiement de l’identité peut commencer (...)
Les États plurinationaux existent mais le référent dominant reste celui de l’État-nation, qui impose d’adopter un récit national convainquant. Les luttes d’émancipation « nationale » continuent d’exister aujourd’hui et la fabrique frontalière a de beaux jours devant elle, mais il ne faut pas oublier que les groupes ne se mobilisent de la sorte que dans des situations d’oppression qui ne leur permet pas d’envisager leur avenir dans le contexte existant. (...)
Les frontières n’ont jamais cherché à stopper les flux, mais à les filtrer. C’était déjà le rôle du mur d’Hadrien pendant la période romaine, c’est encore plus évident au début du 21ème siècle globalisé. (...)