Le marathon des commémorations de la Seconde guerre mondiale a commencé le 27 mai, journée nationale de la Résistance. Et cette année, les résistantes aussi ont eu droit à un timide début de reconnaissance, 70 ans après. .
« Madame, je voulais vous poser la question de la place des femmes dans la Résistance », au Musée Jean Moulin, Clara, 18 ans et élève en Terminale L au Lycée Buffon, voit l’ancienne résistante Cécile Rol-Tanguy pour la deuxième fois. « J’attendais qu’on me le demande », s’écrie avec enthousiasme la vieille dame dont le visage, jusque là fermé, s’anime subitement. Mais le Chancelier Moore, ancien résistant de 94 ans et excité comme un enfant à Noël, a trop longtemps disserté sur de Gaulle : il est 12h30, l’heure de saluer Anne Hidalgo à la mairie. Le 27 mai, journée nationale de la résistance, les cinq presque-centenaires ne chôment pas. Après une dernière photo-souvenir, résistante et résistants se dirigent vers la sortie. Cécile Rol-Tanguy a 30 secondes pour glisser, en soupirant, que « les femmes ont eu un rôle très important, mais [qu’]on n’en parle jamais » et qu’elle s’est engagée « très tôt, en juillet 40 ». Fin de la rencontre. Clara semble un peu déçue : « Les hommes étaient des combattants, j’imagine que les femmes ne devaient pas avoir le même rôle. » La réponse ne se trouve pas au Musée, où aucun panneau n’est consacré aux résistantes. (...)
Cécile Rol-Tanguy , habituée des commémorations et des journées marathons où s’enchaînent interviews et cérémonies, trois fois décorée de la Légion d’honneur, est consciente de ce qu’elle incarne : « Les femmes de la Résistance, c’est un peu ce que je représente, puisqu’elles n’ont rien eu en 70 ans ». Rien eu ? Les chiffres sont parlant : sur 1038 Compagnons de la Libération, il y a eu... 6 femmes. Pourquoi un tel déséquilibre ? « Pour être promu compagnon, il fallait que le chef de réseau le proposât. Ils ont oublié de proposer des femmes », explique simplement Christine Lévisse-Touzé, directrice du Musée.
On connaît mieux l’histoire des "tondues" que celles des résistantes... (...)
En février dernier (...) c’est l’événement : Germaine Tillion et son amie Geneviève de Gaulle sont entrées au Panthéon. Plus consensuelles qu’une Olympe de Gouges, préférée par les féministes, ces grandes résistantes rappellent que l’héroïsme n’était pas qu’une affaire d’hommes. Ce n’est peut-être pas un hasard si ce 27 mai la délégation aux droits des femmes du Sénat organisait un colloque sur les femmes dans la Résistance, avec les témoignages de quatre femmes, associé à un webdoc plutôt réussi [visible sur le site du Sénat]
Elles représentaient 15 à 20 % des Résistants (...)
Ce « continent noir » de l’histoire des résistantes, la discrète Cécile Rol-Tanguy l’incarne du haut de ses 95 ans. Parce que son nom évoque avant tout celui de son mari, Henri alias Colonel Rol, héros de la Libération de Paris en 1944. Un signe ne trompe pas : celle qui était à la tête de la libération de Paris avec son mari n’a pas, contrairement à lui, de page Wikipédia. (...)