La Commission européenne propose le 28 mai des mesures pour limiter les déchets plastiques. Premiers visés : les coton-tiges et les pailles. La raison ? Cet objet entré dans le quotidien représente des milliers de tonnes de déchets chaque année, qui finissent dans les décharges et les océans. Pas de panique ! On peut prendre soin autrement des oreilles.
« C’est un objet du quotidien, de l’intime, très utilisé », confirme le Dr Jean-Michel Klein, médecin ORL (oto-rhino-laryngologiste, spécialiste du nez, des oreilles et de la voix). Si le cure-oreille existe depuis l’Antiquité - on le nommait « escurette » au Moyen-Âge - la version moderne remonte aux années 1920. La légende veut qu’un certain Leo Gerstenzang, Polonais émigré aux États-Unis, ait inventé le célèbre bâtonnet en voyant sa femme coller du coton sur un cure-dent pour nettoyer les oreilles de leur bébé. Sa compagnie, la Q-Tip, rencontre peu à peu un succès mondial. (...)
« À l’origine, il n’était vendu qu’en pharmacie, pour un usage médical, rappelle le Dr Klein. Mais depuis qu’il se trouve dans toutes les grandes surfaces, sa consommation s’est considérablement développée. » Un sachet de 200 bâtonnets coûte aujourd’hui 0,30 € : c’est le produit le moins cher du rayon cosmétique. Chaque année, le groupe français Lemoine, leader dans le domaine, vend ainsi près de 30 milliards de cotons-tiges à travers le monde. Soit l’équivalent de 950 cotons-tiges chaque seconde. Soit 3.500 à 5.000 tonnes de plastique.
« C’est un petit pas qui peut avoir de grands effets »
Pourtant, ces petits bâtonnets vont disparaître de nos rayons. Un alinéa de l’article 124 de la loi Biodiversité, adoptée en juillet dernier, stipule ainsi que, « à compter du 1er janvier 2020, la mise à disposition à titre onéreux ou gratuit des bâtonnets ouatés dont la tige n’est pas composée de papier biodégradable et compostable en compostage domestique est interdite ». Autrement dit, dans trois ans, finis les bâtonnets en plastique !(...)
Dans les centres de tri comme dans les stations d’épuration, les particules de plastique des bâtonnets ouatés se faufilent entre les mailles des filets, et se retrouvent ainsi dans notre environnement. Nos rivières et nos mers regorgent de ces résidus, extrêmement nocifs pour les animaux aquatiques et les oiseaux.(...)
Une pollution chimique extrêmement répandue, mais encore relativement méconnue. Quand Évelyne Didier s’est présentée dans l’hémicycle du palais du Luxembourg avec son idée, ses collègues lui ont d’abord ri au nez. Sujet anecdotique, secondaire, insignifiant. Mais la sénatrice s’est accrochée, est allée frapper aux portes du ministère de l’Environnement. Finalement, elle est parvenue à insérer un amendement dans la loi biodiversité, avec le soutien d’associations environnementales, comme Surfrider.(...)
Ainsi, dès 2020, seuls les bâtonnets biodégradables seront autorisés à la vente. Une mesure qui rencontre aujourd’hui un relatif consensus. Même Philippe Lemoine, président du groupe du même nom, leader européen du coton-tige, se dit « favorable à la loi », qui va « dans le sens de l’histoire ». L’entreprise cherche à présent à passer aux tiges en papier. (...)
Vous trouverez en pharmacie ou dans certains magasins bio des cure-oreilles en métal ou en bois. Une tige fine qui fait office de manche avec, à son extrémité, un grattoir en forme de petite cuillère : voilà la solution pour se cureter sans danger ! Le site Cure-oreille détaille d’ailleurs la méthode à adopter pour un nettoyage adapté.