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Les ABCD de l’égalité : un abandon symbolique
Article mis en ligne le 13 juillet 2014
dernière modification le 10 juillet 2014

Les ABCD de l’égalité seront abandonnés à la rentrée 2014. Nouvelle reculade politique du gouvernement devant la polémique sur la diffusion de « la théorie du genre ». Le point de vue de Nina Schmidt, de l’Observatoire des inégalités.

Les ministres de l’Education nationale et des Droits des femmes ont confirmé le 30 juin dernier l’abandon des « ABCD de l’égalité » expérimentés dans les écoles depuis la rentrée 2013, et annoncé leur remplacement par un « plan d’action pour l’égalité entre les filles et les garçons à l’école ». Le gouvernement fait un pas en arrière dans le domaine de la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes.

Exit donc l’ABCD de l’égalité filles-garçons. Ce programme expérimenté dans 600 classes de primaire de dix académies volontaires depuis la rentrée 2013, qui avait pour objectif de sensibiliser les acteurs de l’éducation et les élèves aux stéréotypes, a été remisé par le ministre de l’Education apparemment sous la pression de ses opposants.

Ce dispositif avait commencé à former des inspecteurs(trices) d’académies et des conseillers(ères) pédagogiques et à sensibiliser les enseignant(e)s du 1er degré lors d’une demi-journée de formation, de septembre à novembre 2013. A partir de la Toussaint jusqu’à mars 2014, le dispositif a été expérimenté en classe : les enseignant(e)s, accompagné(e)s par les inspecteurs(trices) et conseillers(ères) pédagogiques, ont dédié une séquence d’enseignement à l’égalité femmes-hommes, à l’appui des fiches pédagogiques téléchargeables sur le site du Centre national de documentation pédagogique (Cndp) [1].

D’avril à juin 2014, le programme est entré en phase d’évaluation en vue de sa généralisation. Mais il n’en sera rien. L’affaire est classée sans suite. Pourtant, le ministre de l’Education loue les mérites d’« un dispositif pionnier qui a permis aux enseignants d’améliorer leurs pratiques et d’éviter les clichés qu’ils véhiculaient inconsciemment en parlant de l’ « heure des mamans » à 16h30 » [2]. Bref, les ABCD de l’égalité étaient tellement bien qu’il les abandonne et les remplace par encore mieux, par plus « ambitieux » [3]. Un plan de formation des enseignants à la culture de l’égalité, qui intègrera dans leur formation initiale un module consacré à l’égalité des sexes et, pour ceux déjà en exercice, la possibilité de bénéficier de formations sur le sujet, à leur demande, va succéder. Une mallette pédagogique proposant des outils pour lutter contre les stéréotypes sera également mise en ligne. Laissant ainsi à la discrétion des enseignants le soin d’y recourir.

Ce « vaste plan » camoufle une reculade de plus de ce gouvernement devant la polémique provoquée par le mouvement de la « Manif pour tous », en réaction à la loi autorisant le mariage pour tous. (...)

Alors qu’il était resté ferme sur le mariage pour tous, le gouvernement cède sur un programme qui, même s’il était d’ampleur modeste, s’adressait à des enfants et, pour une fois, prenait la question des inégalités entre les sexes à la racine. Le spectacle est désolant (...)

Bizarrement, les associations féministes, qui avaient pourtant appelé à la généralisation de cet ABCD, ne sont pas non plus montées au créneau : croient-elles vraiment à la nouvelle version du « vaste plan » ? Seuls quelques experts indépendants, d’ailleurs plutôt des expertes, se sont exprimés [8].

Ce nouvel abandon, dernier avatar d’une longue suite dans les domaines fiscaux ou scolaires, est très symbolique. Que restera-t-il donc du quinquennat à force de reculer ? (...)