Ils n’étaient jamais allés si loin, n’avaient jamais pris l’avion, ne connaissaient pas l’Amérique du sud. Originaires de Syrie, Oum Majd, Mohamed et Omran sont tous passés par le Liban et le Brésil pour rejoindre la Guyane et ainsi demander l’asile en France. Un détour de plusieurs milliers de kilomètres qu’ils jugent "moins dangereux" que la traversée de la Méditerranée.
Aller en Amérique du sud n’avait jamais fait partie des plans d’Omran Solimane. Ce n’est qu’après que son oncle, exilé comme lui au Liban, a échoué pour la troisième fois dans sa traversée de la Méditerranée pour rejoindre l’Allemagne, en se faisant intercepter par l’armée libanaise, que le jeune homme de 23 ans s’est résolu à envisager d’autres options.
Le passage par la Grèce, où s’entassent des dizaines de milliers de migrants, et le parcours du combattant de la route des Balkans, jalonné de frontières sous haute sécurité, ont vite été rayés de la liste. "Ma famille et moi avons entendu parler de la route vers la Guyane en 2017", raconte Omran Solimane, ancien enfant du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, à Damas.
"Un de nos proches avait réussi à obtenir des papiers là-bas", dit-il, assis sur la terrasse d’un pavillon en banlieue de Cayenne. Via le Brésil, qui délivre des visas humanitaires aux Syriens fuyant les conflits dans leur pays, ce territoire français d’outre-mer apparaissait soudain comme accessible. Le passage vers l’Europe pouvait ainsi se faire non pas par la mer mais par la forêt tropicale. Le projet était né. (...)
Omran Solimane, lui, considère cette étape comme un tremplin vers la métropole. De toute façon, la Guyane lui laisse un goût amer : il se souvient du mois passé à la rue à son arrivée et il enrage de n’avoir trouvé aucun travail après avoir déposé des CV dans "tous les magasins de Cayenne". "Je ne regrette rien et surtout pas d’être venu. La Guyane, c’est beau. Mais je veux aller en France métropolitaine. Il n’y a rien pour moi ici", affirme-t-il. Désormais, c’est donc le trajet inverse, au dessus de l’Atlantique, vers l’Europe, qui occupe son esprit.
Oum Majd, elle aussi, montera dans un avion pour Paris à la première occasion. Elle veut croire que ses enfants, dont seuls les trois plus petits vont à l’école, seront mieux pris en charge en métropole. De plus, malgré ses capacités financières, cette famille de réfugiés ne parvient pas à louer un appartement : leur dossier ne passe pas, précise-t-elle. Les journées se déroulent dans l’herbe, sous un soleil de plomb, à tuer le temps en pensant à l’après. "Pour nous, regrette Oum Majd, le voyage n’est jamais fini."