Pendant que la polémique enfle sur l’utilisation des armes chimiques en Syrie, le recours systématique aux violences sexuelles comme technique de guerre suscite relativement peu d’intérêt.
L’organisation Women Under Siege, avec le soutien d’épidémiologistes de l’université de Columbia, a élaboré une carte documentée des agressions sexuelles perpétrées en Syrie.
Le débat sur un sujet aussi sensible a pu associer des responsables d’ONG, comme Human Rights Watch, à l’historienne Raphaëlle Branche, auteure de travaux de référence sur la violence coloniale en Algérie, avant d’étendre sa réflexion aux viols de guerre.
Annick Cojean, dans son extraordinaire enquête « Les Proies », avait déjà montré comment l’exploitation sexuelle des Libyennes et des Libyens était au coeur du monstrueux despotisme de Moammar Kadhafi. Cette violence sexuelle, à la fois méthodique et aveugle, n’avait fait que se généraliser lors de guerre civile de 2011. Il s’agissait là comme ailleurs d’asservir une population en lui infligeant l’humiliation suprême, tout autant individuelle que collective. (...)
En matière de crimes de guerre, il serait absurde d’affirmer qu’une partie au conflit syrien est innocente et pure de toute accusation. Mais l’initiative des exactions, leur différence d’ampleur et leur caractère systématique ne laissent aucun doute quant à la responsabilité première de Bachar al-Assad et de ses partisans.
Seule la dictature dispose en Syrie des moyens de bombarder les populations civiles par l’aviation, l’artillerie lourde et les missiles Scud. Dans le même et sinistre ordre d’idées, seul le régime a recruté massivement des milices, dites « chabiha », poussées à se jeter sur les populations « rebelles » et encouragées à se « payer sur la bête ».
Les massacres de civils, perpétrés à intervalles réguliers depuis un an et demi, s’accompagnent souvent de viols collectifs, qui n’épargnent pas les mineurs. Si une victime a encore un souffle de vie, son agonie est mise en scène par la propagande d’Etat, afin de lui faire accuser à l’antenne les « terroristes ». (...)
Le transfert en Syrie d’une quinzaine de jeunes Tunisiennes, appelées à y « épouser » des volontaires du jihad, a récemment défrayé la chronique, obligeant le mufti de Tunisie à dénoncer une forme de « prostitution ».
Le sexe peut aussi être utilisé dans les luttes internes aux factions révolutionnaires. (...)