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Le scandale des bébés "illégitimes" de Tuam, entre passé et présent
Article mis en ligne le 18 juin 2014

Irlande misogyne ? Le scandale de l’ancien foyer catholique de Tuam, où au moins 800 bébés nés hors mariage sont morts sans sépulture, ravive le débat sur l’image des femmes dans le pays... et sur l’avortement.

L’Irlande affronte de nouveau son passé. Tout est parti d’un article publié le 25 mai dernier, dans le journal Irish Daily Mail, consacré à l’enquête menée par l’historienne Catherine Corless et son équipe sur l’ancien foyer catholique de Tuam, dans le Comté de Galway. Un travail qui ravive le passé douloureux des femmes en Irlande. Les mères « illégitimes », enceintes hors mariage, étaient envoyées par leurs familles dans des foyers ’mère-enfant’ financés par l’État, dont a fait partie la maison de Tuam, tenue par les sœurs du Bon Secours.

En quatre ans de travail, l’historienne originaire de Tuam a répertorié 796 actes de décès de bébés et jeunes enfants (80% d’entre eux n’avaient pas un an) effacés de la mémoire. Ils se trouvaient tous dans ce foyer entre 1925 et 1961, mais il n’existe pas la moindre de trace de permis d’inhumer ou de tombes portant leurs nom. Pour cette raison, les historiens locaux pensent que des corps ont été enterrés dans la fosse commune du foyer. Sans aucune certitude à ce jour, toutefois : il ne s’agit donc pas, comme une bonne partie de la presse s’est enflammée, de « 800 cadavres de bébés découverts dans une fosse septique ».

En fait, en 1975, 20 squelettes avaient été découverts par hasard dans une fosse par deux habitants. Mais à l’époque, la Gardaí (la police irlandaise) et le gouvernement n’avaient ouvert aucune enquête.

Les conditions dans lesquelles vivaient ces enfants « illégitimes », leur taux de mortalité particulièrement élevé, étaient connus par les médias et le gouvernement depuis 1922, comme le soulignent par exemple l’historien Liam Hogan en publiant des extraits de journaux de l’époque ou la journaliste Helen Byrne avec des extraits de débats parlementaires.

Une autre réalité sur ces "grossesse honteuses" avait déjà été évoquée voilà quelques mois avec le film Philomena de Stephen Frears et le livre qui l’avait inspiré. De nombreux bébés avaient été vendus pour être adoptés aux États-Unis Mais l’histoire des bébés de Tuam morts sans sépulture rouvre plus grande encore la blessure.

Un passé encore très actuel (...)

Les appels à légaliser l’avortement se font plus pressants. Samedi dernier, l’Abortion Rights Campaign a remarqué que sa pétition en faveur de l’avortement a été signée par de nombreux parents accompagnés de leurs enfants à leur stand à l’occasion du Dublin Street Stall. Pour Alison O’Connor, chroniqueuse à l’Irish Examiner, il faut que l’Irlande cesse de faire l’autruche : « C’est désagréable à dire et ce n’est qu’avec un faible enthousiasme que je le propose, mais l’une des meilleures façons de régler, faire face et apprendre de la façon dont l’Irlande a traité [les jeunes femmes de Tuam] serait d’autoriser l’avortement en Irlande. Il est temps pour toutes et tous d’arrêter de feindre de ne pas savoir. » (...)

Sur son blog, l’étudiante chercheuse Sinéad U Walsh analyse cette affaire en la replaçant dans le contexte actuel : L’histoire des 800 bébés de Tuam « n’est-elle pas une composante de la façon dont, en Irlande, nous devrions comprendre les problèmes contemporains sur la misogynie, la sexualité, le droit et le consentement ? Notre culture n’est-elle pas profondément affectée par les abus perpétués contre des dizaines de milliers de femmes et d’enfants irlandais, souvenirs encore vifs dans nos mémoires ? Nous savons que les lois irlandaises sur l’avortement sont littéralement venues tout droit du 19e siècle, mais pensons-nous vraiment qu’en tant que société ’éclairée’, nous sommes protégés de tout ce que cette histoire implique ? »

L’activiste et écrivaine Stéphanie Lord lie elle aussi passé et présent, sur le blog Feminist Ire : « La culture Irlandaise a toujours cherché à se débarrasser des femmes qui posaient problème et de leurs enfants. Pendant des années les femmes enceintes hors mariage ont été punies et cachées dans des institutions. Aujourd’hui les femmes qui veulent avorter doivent aller le faire en secret en Angleterre, ou le faire tout aussi secrètement à domicile ».

« Il est temps pour toutes et tous d’arrêter de feindre de ne pas savoir »

L’année dernière, 10 Irlandaises sont parties au Royaume-Uni chaque jour pour avorter. Le département de la Santé du Royaume-Uni a publié le 12 juin dernier les chiffres de 2013 sur le nombre d’avortements effectués en Angleterre et au Pays de Galle. 5 469 femmes qui ont avorté ont donné une adresse en dehors de ces deux pays : 67% venaient de la République d’Irlande et 15% d’Irlande du Nord. Un chiffre dont se félicite le Crisis Pregnancy Programme irlandais car c’est la première fois qu’il est aussi bas depuis 1969. Cette année-là, 4 990 femmes avortées avaient donné une adresse étrangère.