Aux États-Unis, la possession d’une arme à feu est un droit constitutionnel. En Gascogne, il semble que les autochtones aient opté pour la tronçonneuse et ça change tout.
C’est en arrivant sur le chemin que je mesure l’ampleur des dégâts : un mikado formidable de troncs, de poteaux et de câbles à été repoussé sur les bas-côtés, dégageant juste la largeur d’une voiture. Le tunnel de verdure bucolique qui bordait notre petite route n’est plus. Je suis impressionnée par la célérité de ceux qui ont dégagé la route aussi rapidement, m’interrogeant sur les moyens qui ont été mis en œuvre. Sur les cinq kilomètres qui me séparent du bled, je compte pas moins de 12 chutes d’arbres, essentiellement des pins maritimes, dont la tranche dépasse largement la taille d’un homme. Tout a été méthodiquement nettoyé, sectionné, tronçonné et dégagé sur le bas-côté, alors que le gros de la tempête n’est passé qu’il y a 2 ou 3 heures. Entre le patelin d’à côté et le bled, un énorme câble traverse la route. Il s’agit de l’alimentation électrique d’une bonne partie du canton. (...)
Le secteur du lycée est affreusement ravagé par les chutes d’arbres. J’y croise le correspondant de Sud-Ouest qui photographie les dégâts.
Dans la rue, les gens sortent, se rencontrent et se parlent. En temps normal, on se croise, juste, parfois avec un petit signe de reconnaissance de la tête. Mais là, les gens se parlent. Je vois le téléphone arabe se remettre en marche à la vitesse grand V. Les nouvelles galopent pratiquement à la vitesse de la lumière, parfois même plus rapidement, ce qui apporte un éclairage intéressant à la théorie de la relativité. Il y a des coins isolés, mais déjà, on sait ce qu’il s’y passe.
Le supermarché Carrefour brille comme un sapin de Noël et les villageois y convergent. Drôle d’ambiance pour un samedi. La plupart des gens que je croise ont juste l’air fatigués et le rayon lampes de poche – piles – bougies a été pratiquement nettoyé, mais tout le monde est calme et… affable. (...)
Je n’y avais pas pensé non plus : plus de fluides, plus de liquide. Je paie tout par CB, je retire le moins possible et il va me falloir des fouilles archéologiques pour retrouver un chéquier à la maison. L’argent vient de se rematérialiser. Un aller-retour plus tard, me revoilà à la station-service pour ma recharge de gaz domestique. Je profite d’une accalmie de clientèle pour discuter avec le gérant. D’habitude, ce gars est joyeux comme un jour sans pain, mais là, je le trouve carrément prolixe. (...)
Le lendemain matin, c’est un conseiller municipal de mon microbled qui vient en voiture jusque chez nous pour dispatcher les dernières consignes et nouvelles. Il confirme que le château d’eau est presque vide et nous indique les piscines du coin réquisitionnées pour capter au moins de quoi alimenter les chasses d’eau. Nous voilà bien vulnérables si nous ne pouvons plus évacuer notre merde. Les gens du conseil, avec des paysans et volontaires du coin se sont organisés spontanément, un peu partout dans le canton : prendre des nouvelles des vieux isolés, partager le courant des groupes électrogènes, récupérer les congélateurs-coffre de ceux qui stockent toute leur nourriture pour l’hiver et surtout, dégager les routes, partout, jusque dans les plus petits chemins. Les agriculteurs ont sorti les tracteurs pour traîner les billes de bois, d’autres ont bricolé les poteaux de fortune pour soutenir les câblages abattus. La tempête secouait encore tout le secteur que déjà une armada de bûcherons improvisés s’affairait partout à réduire les dégâts. (...)
Le directeur de la maison de retraite du coin a invité tous les habitants à venir recharger les téléphones portables dans son établissement, lui aussi alimenté par un groupe. La solidarité surgit, partout, tout le temps et c’est vrai que cela donne le sourire. (...)