La fonte des glaces dans l’océan Arctique a pour conséquences des vagues de froid et de neige en Europe occidentale, analyse une récente étude scientifique. Car sans banquise, l’eau s’évapore et l’air chargé d’humidité voyage.
(...) bien que cela soit contre-intuitif, ces vagues de froid extraordinaires ont un lien avec le réchauffement de la planète. C’est ce qu’affirme une équipe de chercheurs dans une étude publiée en avril 2021 dans la revue scientifique Nature Geoscience. Ils ont montré une corrélation entre la fonte des glaces arctiques et les vagues de froid et de neige enregistrées plus au Sud. L’étude s’est notamment basée sur l’analyse d’une perturbation surnommée la « bête de l’est » qui a frappé l’Europe en mars 2018 et causé plus d’un milliard d’euros de dégâts et 95 victimes, des Balkans à la Scandinavie.
« Quand on parle de réchauffement climatique, on pense souvent que les températures sur Terre vont augmenter de manière homogène, comme si on réglait le thermostat d’une maison. En réalité, la dynamique du changement climatique est nettement plus articulée », explique à Reporterre le glaciologue Alun Hubbard de l’Université arctique de Norvège, l’un des auteurs de la recherche. (...)
La banquise forme un « couvercle » sur l’océan et retient ainsi l’évaporation de l’eau
« Dans les années 1970, la mer de Barents était complètement gelée en hiver, explique Hubbard, mais depuis 1979, elle a perdu 54 % de sa couverture ». La banquise forme une sorte de « couvercle » sur l’océan et retient ainsi l’évaporation de l’eau. Lorsque des courants d’air froid et sec passent au-dessus d’une zone couverte de glace, l’échange d’humidité est réduit au minimum. Mais quand cette couverture fond, l’échange de vapeur dans l’atmosphère est beaucoup plus intense, et l’air qui se dirige ensuite vers le Sud se charge d’humidité. (...)
Selon l’étude, chaque mètre carré de glace de mer fondue sur la mer de Barents a émis 70 litres d’eau dans l’atmosphère, « et si on calcule que depuis le début des années 80, cette zone a perdu un demi-million de mètres carrés de glace, on peut comprendre l’ampleur du phénomène », conclut le chercheur. (...)
En même temps, une grande partie de l’Europe continentale a connu un mois de mai avec des températures régulièrement inférieures à la moyenne. Selon les chercheurs, un océan Arctique de plus en plus libre de glace sera ainsi une source de précipitations pour l’Europe continentale.