
Depuis vingt ans, en Hongrie, Kishantos est un modèle de ferme biologique rentable doublée d’un centre de formation florissant sur l’agriculture raisonnée. Mais il y a deux ans, l’État a dépecé ces terres et les a vendues à des exploitants utilisant engrais et pesticides. Un gâchis épouvantable qu’essaient d’empêcher associations et membres de Kishantos.
(...) Au cours des vingt dernières années, Kishantos (petit Hantos) a mis en place, avec le village de Hantos, une coopération avec des partenaires danois et européens, et des programmes d’échanges internationaux. Plus de 200 jeunes Hongrois ont suivi pendant trois et cinq mois des cours sur la démocratie et la pratique d’une agriculture durable, à la Vestjyllands Højskole. « Kishantos est le seul projet en Europe où l’agriculture durable et écologique, l’éducation et la démocratie ont fonctionné ensemble en parfaite harmonie et de façon rentable », dit Eva Acs.
Officiels hypocrites
Deux jours avant, le 13 novembre 2014, l’Institut culturel français de Budapest recevait Pierre Rabhi lors d’une Journée consacrée aux Collectivités locales et à l’agroécologie. Il y avait là Zsolt Feldman, Secrétaire d’État hongrois, chargé du développement rural qui a parlé de la nécessité d’une agriculture pérenne, de l’importance des exploitations familiales et de la protection de l’environnement.
Gergely Papp, Directeur général et responsable du Développement rural à la Chambre d’agriculture hongroise, qui a parlé de l’importance de l’alimentation, et David Mezei, chargé des affaires stratégiques en matière de développement rural auprès du Premier ministre, qui a exposé l’intention de l’État d’éliminer les intermédiaires et le gâchis alimentaire.
Tous les trois ont félicité Pierre Rabhi pour ce qu’il représente et exprimé leur admiration pour ses idées. Dans la salle et sur l’estrade se sont succédé aussi nombre de parlementaires hongrois et français, d’activistes et de spécialistes. À la fin, Pierre Rabhi a été longuement acclamé par les participants et par le public qui emplissait la salle. Aucun de ces officiels n’a répondu à une question de la salle sur le sort de Kishantos. (...)
Pourquoi l’état hongrois détruit-il Kishantos ?
Est-ce parce que cette ferme était la preuve vivante de la possibilité d’un développement rural sain, soutenable et démocratique ? Est-ce parce qu’elle produisait des céréales bio et vendait aussi des semences bio de haute qualité ? Est-ce parce qu’elle démontrait le succès d’une agriculture bio à grande échelle ? Parce qu’elle représentait la réussite d’une initiative de la société civile partant du bas vers le haut, et qui travaillait pour le peuple et le bien public ? (...)