Un collectif de scientifiques, chercheurs et personnalités, parmi lesquels l’écrivain Amitav Gosh, appellent à réglementer mondialement la géo-ingénierie solaire. Ils estiment que ces technologies sont risquées, antidémocratiques, et inefficaces contre le changement clilmatique.
(...) La géo-ingénierie solaire, définie comme un ensemble de technologies visant à réfléchir le rayonnement solaire dans l’espace pour limiter le réchauffement climatique, est un sujet qui gagne de l’importance dans les débats sur la politique climatique. Plusieurs scientifiques ont lancé des projets de recherche sur ce thème ; parmi ces scientifiques, certains considèrent que le recours à ces technologies pourrait faire partie des solutions politiques pour lutter contre les changements climatiques. (...)
ces multiples appels à la recherche et au développement de la géo-ingénierie solaire sont alarmants, pour trois raisons majeures :
Premièrement, les risques de la géo-ingénierie solaire sont encore peu étudiés et compris et ne pourront être entièrement connus. Les impacts pourraient varier d’une région à l’autre et les effets de ces technologies sur les conditions météorologiques, l’agriculture et la fourniture des besoins essentiels en nourriture et en eau sont jusqu’à présent extrêmement incertains.
Deuxièmement, les espoirs — spéculatifs au demeurant — que suscite le développement des technologies de géo-ingénierie solaire menacent les engagements en matière d’atténuation des parties prenantes aux négociations climatiques et peuvent dissuader les gouvernements, les entreprises et l’ensemble de nos sociétés de faire tout leur possible pour parvenir à la décarbonation ou à la neutralité carbone le plus rapidement possible. L’éventuelle mise en place des technologies de géo-ingénierie solaire à grande échelle dans un futur proche risque de fournir un argument de poids aux lobbyistes de l’industrie, aux négationnistes du climat et à certains gouvernements pour remettre à plus tard la mise en œuvre de politiques de décarbonation ambitieuses.
L’impossibilité d’un contrôle multilatéral équitable
Troisièmement, le système de gouvernance mondiale n’est actuellement pas en mesure de développer et de mettre en œuvre un accord politique d’une portée et d’une ambition suffisantes pour contrôler le déploiement de la géo-ingénierie solaire de manière équitable, inclusive et efficace. (...)
Si les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies disposent d’un droit de veto, cet organe ne dispose pas la légitimité internationale nécessaire pour réglementer efficacement le déploiement de la géo-ingénierie solaire.
Les dispositifs de gouvernance informels tels que les dialogues multipartites ou les codes de conduite volontaires sont, eux aussi, inadaptés pour réguler le développement de ces technologies. En effet, ces dispositifs risquent de contribuer à légitimer prématurément les technologies de géo-ingénierie solaire notamment parce qu’ils excluent la participation d’acteurs moins puissants, alors que ceux-ci seront potentiellement plus exposés aux risques liés à l’utilisation de ces technologies. (...)
Enfin, une gouvernance technocratique basée sur des commissions d’experts n’est pas à même de statuer sur des conflits internationaux complexes relatifs aux valeurs, à la répartition et l’acceptation des risques qui surviennent dans le contexte de la géo-ingénierie solaire.
Restreindre avant qu’il ne soit trop tard
Sans mécanismes de contrôle internationaux démocratiques efficaces, les impacts géopolitiques d’un éventuel déploiement unilatéral de la géo-ingénierie solaire seraient inquiétants et injustes. Compte tenu des faibles coûts de certaines de ces technologies, les pays les plus puissants risqueraient de s’engager dans la géo-ingénierie solaire de manière unilatérale ou au sein de petites coalitions, quand bien même une majorité de pays s’opposeraient à un tel déploiement.
En bref, le déploiement de la géo-ingénierie solaire ne peut être régulé de manière juste, inclusive et efficace au niveau international. Nous appelons donc à une action politique immédiate des gouvernements, des Nations Unies et de l’ensemble des acteurs contre la normalisation de la géo-ingénierie solaire en tant qu’instrument de politique climatique. (...)
En adoptant cet accord international, les gouvernements s’engageraient à respecter cinq mesures
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Un accord international de non-utilisation de la géo-ingénierie solaire n’interdirait pas la recherche atmosphérique ou climatique en tant que telle, pas plus qu’il ne restreindrait la liberté académique. Cet accord se concentrerait plutôt sur des mesures visant à restreindre le développement des technologies de géo-ingénierie solaire sous la juridiction des parties à l’accord. (...)
En résumé, un accord international de non-utilisation de la géo-ingénierie solaire serait à la fois opportun, faisable et efficace. (...)
Compte tenu de la normalisation croissante de la recherche en géo-ingénierie solaire, un message politique fort pour stopper le développement de ces technologies est nécessaire. Un accord international de non-utilisation de la géo-ingénierie solaire est désormais indispensable.