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Amnesty International
La face cachée des frontières
Article mis en ligne le 3 mai 2014

Les frontières semblent être des lieux lointains pour celles et ceux qui vivent à l’intérieur de l’Union européenne (UE). Ce qui se passe là-bas n’est pas véritablement connu et reste le plus souvent dans l’ombre. Parfois, à l’occasion de naufrages dramatiques et effrayants, nous entrevoyons une réalité : des étrangers tentent de rejoindre l’Union européenne par la mer, à bords d’embarcations aussi frêles que leurs vies au milieu de la Méditerranée ; ils sont nombreux et viennent de pays lointains, parfois oubliés.

Ces frontières que nous franchissons sans plus nous en rendre compte, nous citoyens européens, sont ainsi des obstacles dangereux pour qui cherche une protection ou d’autres conditions pour vivre.

Une réalité peu connue, montrée ou commentée, à l’exception donc de ces naufrages, comme au large de Lampedusa, île autant symbolique que médiatique. Cette mise en lumière ne dure que le temps de la compassion et de l’indignation. Elle n’offre qu’une vision partielle aussi : ces drames sont des accidents, mais pourtant, ils se répètent. L’urgence humanitaire impose, à juste titre, de sauver et prendre en charge les rescapés. Elle occulte le contexte dans lequel ces drames s’inscrivent.

Avant d’être grecques, bulgares, italiennes ou maltaises, les frontières sont européennes. Ce sont elles qui démarquent juridiquement l’UE des autres États. Ce sont elles qui nous définissent comme citoyens et résidents européens. Ce sont elles enfin qui identifient cet espace « de liberté, de sécurité et de justice » comme l’affirme le Traité sur l’Union européenne.

Chaque jour, au nom de la protection de cet espace, des contrôles s’exercent aux frontières. Au nom de ces contrôles, des vies sont menacées et des droits sont violés.

Laisser des réfugiés et des migrants se perdre en mer, intercepter leurs embarcations de façon dangereuse, les refouler sans précaution, les enfermer dans des centres de détention indignes et pour de longues durée, les maltraiter, voire les torturer… tout ceci se passe chaque jour aux frontières de l’Union européenne.

Que ce soit en Grèce, en Bulgarie, dans les eaux de la Méditerranée, en Mer Egée ou à Ceuta, l’objectif de l’UE est sans équivoque : dissuader et empêcher migrants et réfugiés de pénétrer sur le territoire européen. Une politique qui ne protège pas mais au contraire menace des vies et viole des droits.

Une chose est certaine : cette politique est contraire aux règles que les États se sont engagés à respecter (...)

Un engagement collectif pour préserver la dignité humaine, quelles que soient les circonstances. Une dignité humaine dont la valeur est proclamée par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, laquelle détaille l’ensemble des droits à même de la protéger : droit de ne pas être privé arbitrairement de sa liberté, droit de ne pas être maltraité, droit de solliciter l’asile, droit d’avoir recours à un juge… (...)

Les citoyens européens sont d’autant plus éloignés des frontières que l’Union européenne éloigne ses frontières.

En confiant ou tentant de confier à des « États clés » – les États de transit sur la route vers l’Europe – les moyens nécessaires pour qu’ils contrôlent plus, empêchent mieux et finalement dissuadent davantage migrants et réfugiés, l’UE déporte et reporte le contrôle de ses frontières bien en amont de celles-ci. Elle « l’externalise ».

Ce transfert s’effectue sans égard pour la situation des droits humains dans ces États et sans considération pour le sort qui y est réservé aux migrants et réfugiés.

L’Union européenne éloigne ses frontières en poussant loin ses contrôles (...)

Des situations aux frontières qui ne sont pas accessibles parce que l’information ne l’est pas non plus. Que fait cette agence de contrôle des frontières extérieures de l’UE, Frontex ?
Nous connaissons ses opérations, leurs lieux, leur durée, les États mobilisés, mais nous ne savons pas qui est intercepté, leur situation, si certains des migrants concernés auraient voulu demander l’asile, avaient besoin d’une protection ? (...)

Les États membres régulièrement débattent et décident des politiques à conduire sur ces questions. Qu’en savons-nous ? Qu’en disons-nous ?

La voix des citoyens et résidents de l’Union européenne peut décider que les choix passés ne doivent être renouvelés mais bien abandonnés et que le respect de la vie et des droits doit dicter notre politique migratoire plutôt que l’inverse.

Les Parlements, européen ou nationaux, ont toute leur place pour réintégrer la politique migratoire dans le débat démocratique. Pour cela encore faut-il pouvoir être informé. (...)

Il est urgent que, en France, notamment, le Parlement débatte de la politique migratoire non plus seulement française mais également européenne, tant le poids des États demeure déterminant sur ces questions au niveau européen. Il est également indispensable que le Gouvernement rende des comptes régulièrement devant la représentation nationale des opérations de contrôle des migrations conduites en dehors de son territoire, en coopération avec d’autres États membres ou même des États tiers (...)

Le contrôle des migrations ne doit pas être hors de contrôle.
La protection des personnes doit passer avant celle des frontières.
La politique migratoire de l’Union européenne ne doit pas s’affranchir du respect des droits humains.