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La domination adulte
Article mis en ligne le 6 février 2013
dernière modification le 2 février 2013

« Les enfants ne sont pas des objets » ; « l’enfant n’est pas un droit », voilà quelques uns des arguments ou slogans brandis par les opposants au mariage pour tous-tes. C’est donc au nom des enfants, pour les protéger, qu’il faudrait refuser aux gays et aux lesbiennes le droit de se marier. Comme si la société n’aidait pas déjà les hétérosexuel-les à avoir des enfants quand ils/elles ne le peuvent pas. Comme si, surtout, les enfants des familles hétérosexuelles étaient protégés de toute violence. Parce que, au moins aussi urgent que le débat sur l’homoparentalité, un vrai débat sur l’hétéroparentalité - ses normes, ses violences, ses tragédies - s’impose, nous re-publions ce texte consacré à la domination adulte.

(...) Une domination sociale n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle
nous apparaît comme « naturelle » et demeure en grande partie
invisible.
Les multiples rapports de domination qui structurent notre
vie sociale sont visibles à des degrés divers : certains sont connus
et reconnus (la domination masculine par exemple), d’autres ont été
mis en évidence mais restent en partie cachés (on pourra citer la
domination culturelle et symbolique). On sait aussi que mettre au jour
un rapport de domination ne suffit en rien à le faire disparaître,
mais c’est pourtant une étape nécessaire : il faut prendre conscience
de quelque chose pour pouvoir commencer à lutter contre.
Or il existe au moins un type de domination qui reste aujourd’hui presque totalement invisible, que nous côtoyons pourtant tous les jours, et pour lequel nous avons tous été à la fois dominé et dominant : il s’agit de la domination exercée par les adultes sur les enfants. (...)

Objectivement, l’enfant est évidemment dans une situation de
dépendance quasi totale vis-à-vis des adultes, et en particulier de
ses parents
 : pas de ressources propres, pas d’indépendance possible,
pas de droit de regard sur les décisions le concernant, y compris
jusqu’à un âge avancé. Une fois scolarisé il est soumis à des horaires
et à une charge de travail très importants, comparables à ceux endurés
par beaucoup d’adultes dans leur vie professionnelle. En-dehors de
l’école il n’est jamais totalement maître de son temps et de ses
activités car c’est en général toujours l’organisation et la volonté
des adultes qui l’emportent (« on doit partir, tu joueras plus tard »).

Typique de nombre de relations de domination, cette dépendance est
d’ailleurs totalement « renversée » dans certains discours : on parle
ainsi « d’enfant-roi » ou « d’enfant-tyran », tout comme on insinue
parfois que les chômeurs sont des privilégiés ou que les immigrés sont
coupables de « racisme anti-français ». (...)

en tant qu’adulte, et encore plus en tant
que parents, nous devons prendre conscience de cette domination en
étant nous-mêmes dominants.
Ceci passe alors par une remise en cause
personnelle et un travail permanent pour ne pas se laisser aller à ce
qu’on ferait souvent naturellement : se comporter avec ses enfants
d’une manière qu’on n’accepterait pas de la part d’un homme envers une
femme ou d’un patron envers ses employés.

Pourtant cette domination est une question particulièrement cruciale :
nous l’avons tous vécue en tant que dominés étant enfants. Nous avons
tous subis nombre de violences plus ou moins grandes, nous les avons
acceptées et elles nous apparaissent bien souvent, en tant qu’adulte,
comme nécessaires et positives. Or cette expérience et cette
acceptation de la domination jouent certainement un rôle dans sa
reproduction plus tard en tant qu’adulte, mais aussi dans son
application à d’autres contextes et vis-à-vis d’autres groupes sociaux.
(...)

Au-delà des luttes pour les « droits de l’enfant » ou la « protection de
l’enfance », qui visent en général à s’attaquer aux violences les plus
flagrantes, un véritable travail de mise à jour et de construction
politique est donc nécessaire si on souhaite aboutir progressivement à
la fin des violences et à une égalité de considération et de
traitement entre adultes et enfants.