La naissance des universités entre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle dans l’Occident médiéval a été un phénomène majeur pour l’évolution de la pensée, mais aussi de la société occidentale. Elles s’inscrivent en plein dans le développement du monde urbain en France, en Angleterre et en Italie. Mais avant toute chose, il faut rejeter loin de nous l’image des universités contemporaines, que ce soit celle des campus américains ou celle de la Sorbonne parisienne telle que nous la connaissons aujourd’hui.
L’université médiévale est avant tout une universitas, c’est-à-dire « une communauté d’hommes unis par un serment commun » faisant d’eux « une personne morale, capable de porter et défendre ses intérêts devant les pouvoirs royaux, ecclésiastiques ou urbains » . Avant d’être une institution destinée à la production et à la diffusion d’un savoir, il s’agit d’une communauté d’individus et une communauté d’intérêts. La question de l’étude de l’« honneur » a donc tout son sens ici. Loin d’être une interrogation narcissique d’un universitaire sur un supposé âge d’or passé face à la décadence des temps présents, on a à faire à une véritable interrogation sur ce qui permet de créer une communauté dans les sociétés médiévales. (...)
L’université comme communauté se construit de l’intérieur et de façon objective par des rites communs d’intégration – l’intégration des nouveaux étudiants appelés béjaunes en particulier – et par la mise en place d’une carrière, un cursus honorum témoignant de la gradation des honneurs dans la communauté. Mais de façon plus subtile, la communauté se construit également comme une communauté de paroles échangées, de serments. La construction d’une image destinée à ses propres membres se traduit également à travers les processions universitaires, expression même de la communauté en marche, mais également dans les efforts pour construire une memoria universitaire, qui est pourtant bien fragile dans les derniers siècles du Moyen Âge. L’élaboration de cette mémoire ou de cette Histoire communautaire passe par la célébration des funérailles de ses membres, des morts et des saints de l’université, pour créer une communauté qui dépasse la communauté des vivants, mais unit ceux-ci avec les morts, dans le contexte de la piété des XIVe et XVe siècles. (...)