Dans une tribune publiée par franceinfo, une vingtaine d’ONG, dont Greenpeace et Notre affaire à tous, dénoncent l’immobilisme de la France face aux incendies qui ravagent l’Amazonie, un an après les déclarations d’Emmanuel Macron sur le sujet.
C’était il y a un an. "Nous devons répondre à l’appel de la forêt qui brûle aujourd’hui en Amazonie, de manière très concrète, nous allons agir", avait déclaré Emmanuel Macron. Les incendies qui ravageaient alors cette forêt tropicale avaient occupé une partie des discussions du sommet du G7 de Biarritz. Un an après, "faute de mesures concrètes, les incendies ravagent à nouveau les forêts d’Amérique du Sud dans l’indifférence générale", dénoncent dans une tribune à franceinfo 24 ONG de défense de l’environnement. Elles "appellent à des actions immédiates des entreprises françaises présentes en Amérique du Sud et du gouvernement français pour éviter le point de non-retour". Elles s’expriment ici librement.
Alors que les feux continuent de battre des records en Amazonie, il n’y a ni indignation, ni action. Sous l’impulsion du président brésilien Jair Bolsonaro, la déforestation continue de progresser à un rythme alarmant. L’INPE (Institut national de recherche spatiale brésilien) indique que 9 212 km2 de forêts, soit une superficie légèrement plus grande que la Corse, ont été abattus entre août 2019 et juillet 2020, soit 34,5% de plus qu’en 2018-2019. L’Amazonie et les précieux écosystèmes d’Amérique du Sud disparaissent en grande partie pour laisser place aux pâturages pour l’élevage de bœufs et aux cultures de soja. Et la France, qui a pourtant des solutions en main, ne fait rien.
Malgré sa responsabilité avérée, la France reste inactive. A peine un an après les grandes déclarations, aucune amélioration n’est en vue. Le monde est-il devenu insensible, saturé d’entendre parler de forêts qui brûlent ? Les belles promesses ont encore laissé place à l’inaction. (...)
Nos animaux sont nourris à la déforestation. (...)
La France va-t-elle enfin s’attaquer réellement à sa déforestation importée ? En effet, la France aurait pu faire valoir sa légitimité à travers la mise en œuvre de la Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI), dont elle s’est dotée en 2018, premier outil de ce genre au niveau européen. Mais cette stratégie reste malheureusement non-contraignante et son application se fait encore attendre pour avoir un réel impact sur la déforestation engendrée par la France. Des propositions techniques ont été élaborées et validées pour mettre fin aux importations de soja à risque, mais faute d’un portage politique et interministériel fort, elles restent pour l’instant lettre morte à quelques mois de l’échéance que la France s’est-elle même fixée dans le cadre de la déclaration d’Amsterdam.
Enfin, le gouvernement français ne devrait pas se contenter d’exprimer un simple désaccord sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Il devrait plutôt s’assurer que ce traité, qui représente une sérieuse menace pour les forêts sud-américaines, soit enterré. S’il était adopté, en plus de porter le coup de grâce aux élevages français et européens, cet accord doperait les exportations sud-américaines de bœuf, moteur principal de la déforestation en Amérique du Sud.
Certaines entreprises françaises ont également une responsabilité sur la déforestation de l’Amazonie. Les rapports d’ONG s’accumulent et pointent le double jeu des distributeurs français Carrefour et Casino qui commercialisent dans leurs magasins brésiliens de la viande issue de la déforestation ou encore des géants bancaires français (BNP, Société générale, Crédit agricole...) qui vantent leurs efforts pour une finance verte mais injectent des milliards pour soutenir les responsables de la déforestation. (...)
Les entreprises doivent mettre en place des systèmes transparents et robustes de traçabilité jusqu’à la source et engager une profonde transformation de leurs chaînes d’approvisionnement.
Les acteurs financiers publics et privés doivent cesser de soutenir les entreprises qui ne s’engagent pas dans cette démarche.Les signataires de la tribuneà franceinfo
Des experts - de plus en plus nombreux - alertent les politiques sur le risque de "savanisation" irréversible de l’Amazonie dès lors que l’on dépasserait le seuil de 20% à 25% de déboisement de cette immense forêt pluviale. Nous sommes déjà à 20% pour le Brésil. Si aucune action radicale n’est entreprise maintenant, l’Amazonie enclenchera un cycle de désertification et atteindra un point de non-retour, soit la destruction irréversible d’un écosystème essentiel à la survie de l’humanité. (...)
La France, responsable elle aussi, ne peut pas se permettre d’être plus longtemps complice du saccage de la plus grande forêt tropicale du monde. Nous demandons des actions immédiates. (...)