Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
La vie des idées
L’intégration des immigrés : débats et constats
Cet essai reprend l’essentiel du cours d’introduction prononcé le 13 décembre 2019 par François Héran, titulaire de la chaire Migrations & Sociétés au Collège de France.
Article mis en ligne le 15 janvier 2020
dernière modification le 14 janvier 2020

La notion d’intégration pose de nombreuses difficultés. Elle est largement rejetée par les intéressés, âprement discutée par les chercheurs, hâtivement tranchée dans la sphère médiatique, mise au défi par la comparaison étrangère. Autant de raisons de la prendre en considération.

Le chercheur en sciences sociales n’a pour objectif ni d’alarmer l’opinion ni de la rassurer. Il ne cherche à peindre la situation ni en rose ni en noir. En matière d’intégration, le tableau est contrasté, ce qui écarte d’emblée toute vision manichéenne et nous pousse à chercher des explications vérifiables.

« Immigrés » est un raccourci trompeur. La question de l’intégration ne se pose pas dans les mêmes termes selon la génération. On distingue désormais : la première génération, celle qui est née à l’étranger et qui a changé de pays ; la génération 1 ½, comme disent les sociologues américains, celle qui est entrée avant l’adolescence et a grandi sur place ; la deuxième génération, qui comprend les enfants nés sur place d’un couple mixte et ceux nés sur place de deux parents immigrés ; les générations suivantes, enfin. Seule la première est composée d’immigrés. Mais sa destinée peut être infléchie par le parcours d’intégration de la génération suivante. Dans l’idéal, à condition de disposer des données, il faut prendre en compte ces différences entre générations, ainsi que leurs interactions.

Autre raccourci : « intégration » est un terme générique. Il est inséparable d’une constellation de notions connexes ou rivales : acculturation, assimilation, insertion, inclusion, adaptation, allégeance… mais aussi de notions alternatives, comme syncrétisme, diversité, transnationalisme, sans oublier les concepts négatifs : exclusion, ségrégation, discrimination, désaffiliation, anomie… ou les concepts repoussoirs qui remplissent souvent une fonction polémique : multiculturalisme et communautarisme, et je ne parle pas des idées d’« occupation », de « colonisation à rebours », de « remplacement »… Cette nébuleuse de termes qui peuvent être plus ou moins savants, administratifs, politiques ou médiatiques, forme un système turbulent où se mêlent des constats et des mots d’ordre, des drapeaux de ralliement et des chiffons rouges. Le mot « intégration » semble occuper avec une certaine dose de sérénité le centre de cette constellation sémantique, mais c’est un peu l’œil du cyclone. (...)

« Immigrés » est un raccourci trompeur. La question de l’intégration ne se pose pas dans les mêmes termes selon la génération. On distingue désormais : la première génération, celle qui est née à l’étranger et qui a changé de pays ; la génération 1 ½, comme disent les sociologues américains, celle qui est entrée avant l’adolescence et a grandi sur place ; la deuxième génération, qui comprend les enfants nés sur place d’un couple mixte et ceux nés sur place de deux parents immigrés ; les générations suivantes, enfin. Seule la première est composée d’immigrés. Mais sa destinée peut être infléchie par le parcours d’intégration de la génération suivante. Dans l’idéal, à condition de disposer des données, il faut prendre en compte ces différences entre générations, ainsi que leurs interactions. Autre raccourci : « intégration » est un terme générique. Il est inséparable d’une constellation de notions connexes ou rivales : acculturation, assimilation, insertion, inclusion, adaptation, allégeance… mais aussi de notions alternatives, comme syncrétisme, diversité, transnationalisme, sans oublier les concepts négatifs : exclusion, ségrégation, discrimination, désaffiliation, anomie… ou les concepts repoussoirs qui remplissent souvent une fonction polémique : multiculturalisme et communautarisme, et je ne parle pas des idées d’« occupation », de « colonisation à rebours », de « remplacement »… Cette nébuleuse de termes qui peuvent être plus ou moins savants, administratifs, politiques ou médiatiques, forme un système turbulent où se mêlent des constats et des mots d’ordre, des drapeaux de ralliement et des chiffons rouges. Le mot « intégration » semble occuper avec une certaine dose de sérénité le centre de cette constellation sémantique, mais c’est un peu l’œil du cyclone. (...)

Autre raccourci : « intégration » est un terme générique. Il est inséparable d’une constellation de notions connexes ou rivales : acculturation, assimilation, insertion, inclusion, adaptation, allégeance… mais aussi de notions alternatives, comme syncrétisme, diversité, transnationalisme, sans oublier les concepts négatifs : exclusion, ségrégation, discrimination, désaffiliation, anomie… ou les concepts repoussoirs qui remplissent souvent une fonction polémique : multiculturalisme et communautarisme, et je ne parle pas des idées d’« occupation », de « colonisation à rebours », de « remplacement »… Cette nébuleuse de termes qui peuvent être plus ou moins savants, administratifs, politiques ou médiatiques, forme un système turbulent où se mêlent des constats et des mots d’ordre, des drapeaux de ralliement et des chiffons rouges. Le mot « intégration » semble occuper avec une certaine dose de sérénité le centre de cette constellation sémantique, mais c’est un peu l’œil du cyclone. (...)

On ne peut pas philosopher indéfiniment sur l’intégration des immigrés ou même sur l’intégration de la société en général sans s’appuyer à un moment donné sur des faits d’observation. Certains auteurs valorisent l’idéal de l’intégration, d’autres le jugent insuffisamment contraignant, d’autres encore dénoncent dans le mot d’ordre de l’intégration un instrument de domination. Mais l’exercice tournerait à vide si nous n’essayions pas d’appréhender aussi l’intégration comme un ensemble de réalités concrètes, une suite de processus observables au fil du temps – pas seulement l’intégration telle qu’elle doit être ou ne pas être, mais l’intégration en acte, l’intégration telle qu’elle se fait, telle qu’elle se constate empiriquement. Avec des données provisoires et imparfaites, sans doute, mais en sachant que les données imparfaites sont aussi des données perfectibles.

Or de telles données existent. Pendant qu’on s’interroge sur la nature du processus d’intégration, sa genèse, sa raison d’être, son avantage relatif par rapport à d’autres solutions, etc., des organisations internationales rassemblent patiemment de multiples données comparatives sur l’intégration des immigrants telle qu’elle se fait. Je songe principalement aux recueils publiés conjointement par l’OCDE et la Commission européenne, qui utilisent des dizaines d’indicateurs harmonisés (...)

Or les performances de la France en la matière sont loin d’être éblouissantes ; elles sont même franchement médiocres quand on les compare à celles d’un pays d’immigration ancienne comme le Royaume-Uni ou d’un pays d’immigration récente comme le Portugal. C’est le cas également d’autres indicateurs, qui devraient nous interpeller fortement. Ainsi les capacités des enfants d’immigrés à l’enquête PISA, jointes au creusement des inégalités sociales entre les élèves ; l’importance du décrochage scolaire de la deuxième génération ; le pourcentage d’immigrés occupant des emplois nettement inférieurs à leurs diplômes, etc.

Que faire de tels résultats ? La France donne volontiers des leçons d’intégration républicaine à la terre entière, mais est-elle capable de se les appliquer à elle-même ? À quoi tiennent les difficultés qu’elle rencontre dans ce domaine ? (...)