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L’eau ou l’or. Au Pérou, la lutte des peuples contre des mines dévastatrices
Article mis en ligne le 24 juillet 2015
dernière modification le 21 juillet 2015

Dans le nord du Pérou, un projet pharaonique de mine d’or baptisée Conga menace les réserves en eau de toute la région de Cajamarca. Les populations locales luttent pour empêcher son implantation, mais le combat est loin d’être gagné et la répression féroce, comme en témoigne la mort de cinq opposants tués en 2012 dans une manifestation.

« Agua Si, Oro No ! » C’est le cri qui retentit depuis plusieurs années à Celendín, petite ville perdue dans les montagnes du nord du Pérou. Ici, l’agriculture est reine, la région possède de nombreuses ressources en eau. Mais le sous-sol est depuis toujours convoité pour ses ressources en or. La région de Cajamarca héberge déjà la plus grande mine d’or d’Amérique du Sud, Yanacocha, exploitée depuis 1993.

Approuvé en 2010 par le gouvernement péruvien, le nouveau projet dénommé Conga est situé à quelques dizaines de kilomètres. Le consortium qui souhaite exploiter la mine est détenu à 51,35 % par Newmont Mining Corporation, une compagnie américaine basée à Denver, Colorado. Suivent un groupe péruvien, Compañía de Minas Buenaventura (CMB, 43,65 %) et International Finance Corporation (IFC, 5 %), une extension de la Banque mondiale. L’investissement prévu approche les 5 milliards de dollars.

Pour les groupes étrangers, venir exploiter l’or au Pérou est extrêmement intéressant. La main d’œuvre est très bon marché, et le gouvernement a adopté une série de mesures incitatives pour aider les multinationales à s’implanter, notamment en facilitant l’achat de terres au détriment des droits des communautés. (...)

Nous ne buvons pas d’or !

Le projet aurait dû démarrer en 2014, mais il est toujours en suspens grâce à la mobilisation citoyenne des habitants de Celendín et de la région. Car la mine constitue une grave menace environnementale, notamment pour les ressources en eau de la région. Le site choisi est placé à l’endroit d’où partent les sources qui alimentent des rivières vers le Pacifique mais également vers l’Amazonie, telle la rivière Marañón, l’une des plus importantes du pays.

Selon l’organisation Front Line Defenders, qui a réalisé une enquête approfondie en 2014, le projet Conga devrait assécher 4 lacs, 27 lagunes, 700 sources et 60 canaux d’irrigation ! Car la mine nécessitera plus de deux millions de mètres cube d’eau par an pour son fonctionnement. Certes, la compagnie minière a promis la construction de quatre réservoirs d’eau, censés remplacer les lacs, dont trois seront destinés à fournir l’eau potable pour les populations locales... Une maigre compensation, qui ne restaurera pas l’écosystème original, et qui de plus placera les populations locales directement sous la dépendance de la compagnie minière pour l’accès à l’eau... (...)

L’impact sur les ressources en eau va au-delà de la seule exploitation de la mine : il existe déjà trois projets de barrage dans la région de Celendín et quatre dans la province de Cajamarca. Au moins un de ces barrages sera destiné uniquement à alimenter en énergie le projet Conga en énergie.
La lutte des communautés locales

Les populations locales sont fortement mobilisées contre le projet Conga. Au-delà de la menace directe sur les ressources en eau, les habitants ont en mémoire les précédents concernant la mine de Yanacocha, dont de nombreuses promesses non tenues et autres problèmes de corruption. Et ils restent insensibles aux allégations de développement et d’enrichissement de la province. Les mêmes discours étaient prononcés dans les années 90, lors de l’ouverture de la mine voisine. La région était alors la quatrième région la plus pauvre du Pérou. Après vingt ans d’exploitation de la mine, Cajamarca a dégringolé à la dernière place, devenant la région la plus pauvre du pays, avec 51,9 % de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. (...)

Entre les populations et la compagnie minière, l’Etat péruvien a clairement choisi son camp. Les défenseurs de l’environnement sont qualifiés de terroristes, des mesures exceptionnelles de surveillance et de lois anti-agitateurs sont adoptées. L’Etat n’hésite pas à mettre en place l’état d’urgence après les manifestations les plus violentes, ce qui permet des arrestations sommaires, la fouille des maisons sans mandat, et autres mesures arbitraires. On assiste également à des mélanges de rôles, avec des policiers qui sont directement rémunérés par la compagnie minière.

La répression ne se limite pas à une restriction des droits civiques et des libertés. En 2012, cinq manifestants ont été tués par la police, quatre de Celendín et un de Bambamarca, dont un adolescent de 16 ans. Un drame loin d’être unique. (...)

L’association Catapa, présente à Cajamarca et Celendín, est une organisation belge qui s’engage dans la défense de l’environnement et des populations locales de pays dans lesquels des groupes miniers internationaux sont implantés. L’association agit notamment en Amérique Latine (Pérou, Bolivie, Guatemala) mais aussi en Europe (Roumanie, Grèce).

Elle est notamment membre du collectif Bang ! Ban Cyanide qui s’oppose à l’utilisation du cyanide dans les mines du monde entier. (...)