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IRIN - nouvelles et analyses humanitaires
L’avenir du déploiement rapide
Article mis en ligne le 5 mai 2016
dernière modification le 2 mai 2016

Une nouvelle initiative baptisée HumanSurge prétend devenir l’Airbnb ou l’Uber de l’intervention d’urgence. Encore lui faudra-t-il s’adapter aux réalités changeantes du terrain, sans quoi elle ne résoudra pas le problème du déploiement d’urgence.

Au lendemain d’une crise soudaine, la course à la montre visant à déployer les bons intervenants au bon endroit a toujours représenté un défi pour les agences d’aide humanitaire.

Conformément aux recommandations d’une étude de référence datant de 2007, les groupes d’aide humanitaire ont amélioré leur capacité de « déploiement rapide » - comme on dit dans le jargon - ces dernières années, en créant des registres internes, en apportant un soutien organisationnel et en accélérant le déblocage des financements requis. Des organisations capables de fournir des services rapides, spécialisés et de qualité - de type ACAPS, MapAction ou encore JIPS - ont fait leur apparition.

Mais un nouveau rapport, publié ce mois-ci par le consortium d’organisations non gouvernementales START Network, estime qu’en dépit des progrès accomplis, les mécanismes de déploiement rapide n’ont pas su s’adapter à un environnement en perpétuelle mutation.

Un environnement en mutation

Tout d’abord, les individus et les institutions sur le terrain - des gouvernements locaux aux organisations de la société civile, en passant par les réseaux de la diaspora - ont davantage de moyens d’agir qu’autrefois.

« Comment les agences vont-elles adapter leur modèle - qui, pour beaucoup, consiste à dépêcher le maximum de personnes sur place, généralement des blancs européens - alors que les capacités requises sont disponibles dans le pays ou dans la région ? » s’interroge l’auteur du rapport, Glenn O’Neil. « De nombreuses agences continuent de penser que leur présence sur place est indispensable à un déploiement rapide - et si ce n’était pas le cas ? » (...)

En accord avec la tendance actuelle plaidant pour une intervention d’urgence plus localisée, Oxfam America a lancé une campagne intitulée « No parachute needed » (Pas besoin de parachute) le mois dernier, appelant le gouvernement américain à investir davantage dans le renforcement des capacités locales pour faire face aux situations de crise. (...)

Le secteur privé joue lui aussi un rôle croissant et de plus en plus proactif - surtout avec la demande grandissante pour de nouveaux domaines d’expertise encore introuvables dans l’industrie, comme la gestion de la monnaie électronique.

Et il est de plus en plus fréquent que des tâches relevant traditionnellement de travailleurs humanitaires professionnels soient désormais assurées par des bénévoles. Malgré leur manque de formation et d’appui, ces derniers s’avèrent souvent plus réactifs que les grosses organisations, comme on a pu le constater avec la crise des réfugiés en Europe, par exemple. (...)

Dans une volonté de résoudre certains des problèmes associés aux mécanismes traditionnels de déploiement rapide, un groupe d’anciens travailleurs humanitaires a lancé HumanSurge plus tôt cette année.

Cette plateforme en ligne indépendante tente d’appliquer l’approche Uber/Airbnb aux interventions humanitaires. (...)

HumanSurge invite tous les travailleurs humanitaires, quelle que soit leur affiliation, à s’enregistrer gratuitement dans leur base de données. Les organisations cherchant à combler des postes vacants peuvent la consulter pour recruter des candidats répondant à leurs attentes. Cela permet aux petites ONG n’ayant pas les moyens de tenir un registre d’accéder à un plus gros réservoir de main-d’œuvre. Les organisations versent une commission standard, et la plateforme est gérée selon un modèle d’entreprise sociale autofinancée - à but non lucratif.

Cette idée de plateforme, M. Peeters l’a mûrie grâce à son expérience d’intervenant d’urgence.

« J’ai été confronté à ces problèmes sur le terrain - travailler dans une équipe incomplète où des éléments clés manquent à l’appel ou ne sont pas en mesurer d’arriver à temps. J’apparais dans les registres [d’agences individuelles], et il m’arrive de recevoir des e-mails d’une organisation qui ignore où je me trouve. Pourquoi n’est-il pas possible de faire savoir à la communauté humanitaire dans son ensemble que je suis disponible, plutôt que de me limiter aux quelques ONG avec lesquelles j’ai déjà travaillé ? C’est une ressource de perdue dans un environnement où elles font défaut. »

HumanSurge semble avoir visé juste : plus de 1 000 professionnels se sont inscrits depuis le lancement de la plateforme fin février, et cinq grandes organisations - dont Care International, Médecins sans frontières et Plan International - y ont souscrit, et versent une redevance mensuelle leur donnant accès à la plateforme. M. Peeters a dit être en phase finale de négociations avec plusieurs autres ONG, et espère compter 10 à 15 partenaires d’ici la fin de l’année.

Élargir le réservoir de main-d’œuvre

Malgré le caractère utile de ce service de mise en relation, d’aucuns s’interrogent sur la manière dont les agences s’y prendront pour recruter sur un site où les candidats s’enregistrent eux-mêmes, surtout si le temps leur est compté. (...)

Pour faciliter cette démarche, HumanSurge prévoit de proposer sa plateforme en français et en espagnol plus tard cette année, et envisage de la traduire dans d’autres langues. Le système se trouve toujours en phase de test, et M.Peeters a dit rechercher en priorité des utilisateurs et organisations disposés à contribuer à son amélioration.

Pour sa part, M. O’Neil n’est pas convaincu que HumanSurge soit la solution aux problèmes décrits dans le rapport de START Network. Mais il y a une chose dont il est sûr : les systèmes de déploiement rapide du futur devront changer.