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IRIN - nouvelles et analyses humanitaires
L’aide d’urgence n’est pas la réponse à la sécheresse
Article mis en ligne le 17 février 2017
dernière modification le 14 février 2017

Pour ceux qui sont condamnés à les subir, les sécheresses ne sont pas des événements inhabituels. Il s’agit plutôt d’un mode de vie qui met constamment à l’épreuve leur résilience et leur ingéniosité.

En Éthiopie, où mon organisation, Mercy Corps, travaille depuis plusieurs années, les agriculteurs et les éleveurs de bétail doivent se montrer innovateurs pour faire face aux régimes climatiques en constante évolution.

Pourtant, les sécheresses provoquées par El Niño en 2015 – les pires en 50 ans selon certaines mesures –, ont mis à l’épreuve cette population endurcie. Un éleveur aguerri a récemment dit à des membres de notre personnel qu’il « n’avait jamais vu une sécheresse comme celle-là ».

Cette sécheresse, qui a plongé quelque 10 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire, n’est pourtant pas une surprise. Les crises liées au climat sont en effet devenues de plus en plus fréquentes dans cette région du monde au cours des dix dernières années.

Confrontées à ces régimes climatiques extrêmes, de nombreuses organisations de développement ont reconnu que « la séparation entre les activités de soutien humanitaire et les activités de développement » ne fonctionnait plus dans ces contextes, comme l’avait déclaré l’ancien administrateur de l’USAID Rajiv Shah.

Des changements s’imposent (...)

Pour y parvenir, Mercy Corps a adopté une nouvelle approche fondée sur la résilience au lieu de privilégier la méthode traditionnelle de l’aide humanitaire, soit la distribution directe de vivres, de médicaments ou d’autres équipements. L’objectif est d’assurer le maintien ou l’amélioration du bien-être des individus et des populations – leur sécurité alimentaire, leur statut économique et leur santé – en dépit des chocs récurrents.

Pour mettre en pratique cette approche, toutefois, il faut élaborer des stratégies à plus long terme et tenir compte des nombreux facteurs qui influencent la résilience et la vulnérabilité à divers niveaux de la société : des ménages aux régions en passant par les communautés.

Le programme PRIME (Pastoralist Areas Resilience Improvement through Market Expansion), mené en Éthiopie et financé par l’USAID, est l’un de nos projets de développement de la résilience. Le programme vise essentiellement à renforcer les systèmes de marché auxquels les ménages participent. (...)

Les programmes axés sur la résilience semblent être une bonne idée, mais fonctionnent-ils vraiment ? Jusqu’à récemment, il existait peu de preuves permettant de répondre à cette question. Une nouvelle recherche de Mercy Corps offre cependant quelques observations prometteuses quant à l’efficacité de l’approche.

Certains de ces projets ont déjà été évalués, mais, à notre connaissance, personne n’a rigoureusement étudié l’impact d’un programme en temps réel dans le contexte d’un choc majeur. En menant cette étude pendant une grave sécheresse, nous avons tiré parti d’une occasion rare. (...)
L’étude a montré que les interventions permettaient aux familles de maintenir leur bien-être alors que sévissait la pire sécheresse depuis plusieurs décennies. Pour être plus précis, ces ménages étaient considérablement plus susceptibles de réussir à nourrir leur famille, avaient davantage de ressources et étaient moins vulnérables à la pauvreté. Leur bétail était en meilleure santé et les décès étaient moins fréquents dans leurs troupeaux. Bref, ces communautés étaient mieux à même de prendre soin d’elles-mêmes et moins susceptibles d’avoir besoin d’une aide d’urgence directe sous forme de vivres ou autre.

Nous nous appuyons sur nos découvertes pour recommander aux bailleurs de fonds d’augmenter les investissements permettant de renforcer la résilience dans les environnements confrontés à des crises récurrentes.
(...)

Le développement de la résilience ne doit cependant pas se faire au détriment des interventions d’urgence rapides (et inversement). Les interventions d’urgence devraient être conçues et coordonnées de façon non pas à simplement atténuer la souffrance jusqu’au prochain choc, mais à la réduire le plus possible en vue de l’éliminer complètement.

Alors qu’une crise se prépare dans la Corne de l’Afrique – une crise qui rappelle étrangement la grave sécheresse qui a frappé la région en 2011 –, nous devrions prêter attention à la conclusion de cette recherche, c’est-à-dire que la résilience est importante et qu’elle fonctionne.