La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, en visite à Tunis dimanche, accompagnée de la cheffe du gouvernement italien et du Premier ministre néerlandais, a proposé un "renforcement du partenariat" avec la Tunisie. Ce plan inclut un soutien à la lutte contre l’immigration clandestine, avec une aide financière immédiate de 150 millions d’euros pouvant atteindre 900 millions d’euros à long terme.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en visite à Tunis, a indiqué avoir proposé ce programme en cinq points, incluant également un soutien financier à la lutte contre l’immigration clandestine, au président Kaïs Saïed. Elle a souhaité la signature d’un accord entre la Tunisie et l’UE d’ici au prochain sommet européen à la fin du mois.
"Il est de notre intérêt commun de renforcer notre relation et d’investir dans la stabilité et la prospérité, c’est pour cela que nous sommes là", a déclaré Ursula von der Leyen, disant agir au nom de la "Team Europe". Elle était accompagnée dans sa visite par les Premiers ministres d’Italie, Giorgia Meloni, et des Pays-Bas, Mark Rutte. (...)
"Nous pourrions fournir une aide supplémentaire de 150 millions d’euros à injecter dès maintenant dans le budget", a ajouté Ursula von der Leyen.
Le programme en cinq points proposé par l’UE prévoit un renforcement des investissements en Tunisie, notamment en soutien au secteur numérique, des investissements dans l’exportation par la Tunisie d’énergies renouvelables et l’extension du programme européen d’échanges d’étudiants Erasmus à la Tunisie.
L’un des autres volets proposés par Bruxelles concerne la lutte contre le "business cynique" de l’immigration clandestine, pour laquelle l’UE fournira "cette année à la Tunisie 100 millions d’euros pour le contrôle de ses frontières, la recherche et sauvetage" de migrants, a indiqué Ursula von der Leyen. (...)
Grave crise économique
La Tunisie est étranglée financièrement par une dette d’environ 80 % de son PIB et ne peut plus emprunter à l’étranger, ce qui entraîne des pénuries récurrentes de certains produits de base, comme la farine, le sucre et le riz, achetés et importés par l’État.
Le pays est en difficiles pourparlers avec le FMI pour un nouveau prêt de près de deux milliards de dollars.
Mais les discussions achoppent sur le refus du président Kaïs Saïed de réformes comme la restructuration de la centaine d’entreprises publiques surendettées et la levée des subventions étatiques à des produits de base comme les carburants. (...)
La Tunisie préoccupe donc l’Europe, en particulier l’Italie, en raison de ces difficultés économiques mais aussi du risque d’une accélération des départs de migrants depuis ses côtes. (...)
Samedi soir, lors d’une visite surprise à Sfax, deuxième ville tunisienne d’où sont partis depuis début 2023 la majorité des candidats à l’émigration clandestine, Kaïs Saïed a dit refuser que son pays "soit le gardien des frontières" de l’Europe.
Le Forum tunisien des droits économiques et sociaux, qui suit les questions migratoires, a dénoncé, dans un communiqué, la visite européenne comme "un chantage" et "un marchandage" pour "donner de l’argent" à la Tunisie en échange d’une surveillance renforcée de ses frontières.