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Marie-Claude Saliceti
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L’Équipe en grève contre l’information low-cost
Article mis en ligne le 3 février 2018
dernière modification le 2 février 2018

L’annonce d’un quatrième plan de suppressions de postes en cinq ans a conduit les salariés du groupe L’Équipe (L’Équipe, France football, Vélo magazine) à se mettre en grève durant trois jours au cours des deux dernières semaines, empêchant la parution du journal deux samedis d’affilée – jour de plus fort tirage pour le quotidien sportif. Des mouvements de grève appelés à se renouveler tant la direction – qui a « tout mis en œuvre, en vain, pour que le journal paraisse, quitte à faire du low-cost, quitte à commander à l’avance et utiliser des articles de reporters grévistes et des papiers laissés au marbre », selon l’intersyndicale SNJ et SNJ-CGT –, semble sourde à l’opposition qu’inspire sa stratégie parmi les salariés.

Le 11 janvier dernier, la direction annonçait en effet un projet de réorganisation visant à supprimer 25 emplois au sein du pôle réalisation. Lequel regroupe maquettistes, correcteurs, iconographes (service photo) et documentalistes. « Il n’est prévu de garder que sept postes de correcteurs, hiérarchie comprise, pour l’ensemble des titres, dont la réalisation s’étale sur l’ensemble de la semaine, le plus souvent du matin jusqu’à tard le soir. On aura compris que l’idée est à court terme de liquider ce service, comme il est déjà prévu de le faire pour la documentation, dont les deux derniers rescapés se voient invités à quitter l’entreprise sans ménagement », soulignait le SNJ-CGT dans un communiqué publié le 19 janvier.

Moins connues du grand public que les reporters ou présentateurs de journaux télévisés, ces fonctions sont tout aussi essentielles. Sans documentalistes pour préparer un sujet en amont, sans correcteurs pour vérifier avec minutie le bien fondé et l’exactitude d’une information, la rigueur et la qualité ne sont pas ou plus au rendez-vous.

Et ce n’est pas la fusion des rédactions papier et Internet – deuxième volet de ce mal nommé plan de sauvegarde de l’emploi –, qui contribuera à améliorer le soin apporté à la finition des articles (...)

C’est précisément contre cette course à l’audience et à la rentabilité qu’une majorité de salariés a débrayé. « Ce mouvement a une nouvelle fois été très suivi : 95 % de grévistes à la rubrique football, 50 % à l’ommnisports, 20 % au web », précisait Francis Magois, délégué du syndicat national des journalistes (SNJ), dans un communiqué diffusé samedi 26 janvier, au lendemain du troisième jour de grève à laquelle appelait l’intersyndicale SNJ et SNJ-CGT.

Journalistes et non journalistes savent en tout cas à quoi s’en tenir : « On ne reviendra ni sur cette stratégie ni sur le nombre de départs. […] Le plan sera d’abord basé sur le volontariat, mais je ne peux exclure des départs forcés car je sais précisément l’organisation cible que je veux atteindre. Pour assurer notre pérennité, on doit se moderniser. Je veux avancer », a prévenu Cyril Linette [1]. (...)