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france Culture
L’AFP : un mastodonte de l’information sous surveillance
Article mis en ligne le 26 août 2019

C’est un géant français de l’information qui fête son anniversaire : l’AFP souffle ses 75 bougies. L’Agence France-Presse est une anomalie dans la presse nationale : régie par un statut sui generis, elle ne peut pas être dirigée par l’Etat, ni par une entreprise privée. Retour sur son histoire.

"Personne ne bouge, personne ne sort... Désormais, vous travaillerez pour la France, au lieu de travailler pour les Allemands". La saillie, signée Martial Bourgeon, lance l’histoire de l’AFP moderne. Le résistant fait partie des huit hommes qui pénètrent le 20 août 1944 dans les locaux de l’Office Français de l’Information, une institution vichyste sous contrôle allemand, et s’emparent du bâtiment. Il est 7 heures du matin. Quatre heures trente plus tard, l’AFP publie sa première dépêche : "Les premiers journaux libres vont paraître, l’Agence française de presse leur adresse leur premier service." C’est le début d’une renaissance, car l’Agence France-Presse avait été créée en 1835 par Charles-Louis Havas, et portait le nom du financier. Une gestion privée dont la nouvelle équipe veut s’émanciper. (...)

Dès le début de cette nouvelle ère, l’agence souhaite acquérir une indépendance totale : "Nous ne voulions ni de l’un ni de l’autre de ces inconvénients : celui de la gestion privée forcément capricieuse et trop attachée au seul intérêt financier, celui de l’ingérence étatique, moins préoccupée de l’intérêt de la France que de celui du parti au pouvoir", explique Basile Tesselin dans ses mémoires. Le résistant est lui aussi membre du commando qui s’empare des bureaux de l’OFI cinq jours avant la libération de Paris. Les résistants souhaitent installer un nouveau modèle de fonctionnement au sein de ce qui deviendra l’Agence France-Presse. Un statut officialisé par la loi, un peu plus de dix ans plus tard.
Un statut sur mesure et menacé (...)

Un statut surnommé par les journalistes "le statut de la liberté". Il tient également en deux mots latins : sui generis. Traduction littérale : "de son propre genre". L’établissement de presse ne repose pas sur une forme juridique existante mais il faut en créer une. D’où une loi qui tient sur 5 feuilles de papier et 17 articles. Une loi que Benoît Fauchet, le responsable du Syndicat national des journalistes au sein de l’entreprise de presse, tient à préserver (...)

Il y a une volonté politique de tout privatiser en ce moment. Tout sauf deux choses : l’armée et la police. Depuis trente ans, même des gouvernements de gauche ont essayé de déboulonner ce statut parce que des journalistes qui sont libres, cela fait peur." L’agence de presse est certes indépendante sur le plan juridique mais fait face à des problèmes financiers depuis plusieurs années liés en particulier au déclin de la presse écrite. (...)

Pour y remédier, le PDG Fabrice Fries a lancé un "plan de transformation" avec des départs volontaires très contestés. Il est aussi allé jusqu’à récemment évoquer devant les sénateurs la vente du siège historique de la place de la Bourse, déclenchant la colère des syndicats. (...)

L’Agence France-Presse est l’une des trois grandes agences avec la britannique Reuters et l’américaine Associated Press. (...)

Mais les revenus de l’AFP ont augmenté cette année notamment grâce au développement de plusieurs pôles. A commencer par son service vidéo dont l’importance croît chaque année dans ses revenus : elle a augmenté de 11% en 2018 par rapport à l’année précédente.

Autre source de bénéfices, y compris pour l’image de l’institution : Factuel, une cellule de fact-checking. Ce service de vérification d’information collabore avec plusieurs médias internationaux et voit ses effectifs augmenter depuis sa création en 2017.