
L’abeille noire s’adapte facilement à divers milieux et a peu besoin d’entretien. Mais elle est menacée de disparition, alors que l’Etat veut créer génétiquement une super abeille résistante aux pesticides et aux maladies, et la plus productive possible. Des conservatoires s’emploient à sauver la race. Reportage.
(...) Des Pyrénées à la Pologne, l’abeille noire est la race « locale », qui, au fil de l’évolution, s’est adaptée aux climats et paysages d’Europe du Nord.
Le Conservatoire de l’abeille noire d’Ile-de-France compte désormais 350 colonies réparties en divers endroits sur les communes de Bullion, Bonnelles, Rochefort et Saint Arnoult en Yvelines.
Objectif : conserver la race
« C’est ce qu’il faut pour obtenir une taille naturelle de population, explique Lionel Garnery. Pour que l’évolution sélectionne les abeilles les plus adaptées au milieu. » Les ruches sont gérées par des apiculteurs amateurs réunis en association. Ils ne sont pas là pour récolter du miel, mais pour assurer la « conservation » de la race. (...)
Les interventions sont donc limitées au minimum. Pas question, par exemple, de nourrir les abeilles au sirop de glucose pour les aider pendant la saison froide. « Si elles meurent, c’est qu’elles n’avaient pas assez de réserves de miel pour passer l’hiver, c’est donc qu’elles n’étaient pas adaptées à l’environnement ici », explique le scientifique.
La sélection est uniquement naturelle. Pas question, non plus, de favoriser les ruches qui produisent le plus de miel : « On doit conserver la diversité génétique : car aujourd’hui, les apiculteurs veulent des abeilles qui font beaucoup de miel. Mais peut-être que demain, ce sera du pollen. Parmi ces ruches, on doit donc trouver le maximum de caractéristiques. »
« Il faut multiplier les conservatoires pour avoir le plus possible d’abeilles, adaptées à à un maximum de milieux différents », poursuit le chercheur. On en compte aujourd’hui une quinzaine : dans les Cévennes, dans le Limousin, dans la Loire, sur l’île d’Ouessant, etc.
Changer les pratiques pour une apiculture durable
« Je suis persuadé que l’adaptation à un milieu est un atout », insiste-t-il. L’abeille noire a ainsi besoin de peu d’entretien, à l’inverse des races importées. Par exemple, elle présente l’avantage d’avoir besoin de peu de réserves de miel pour passer l’hiver. Pas besoin de la nourrir avec du sirop de glucose, contrairement à la fameuse Buckfast. « Aujourd’hui en France, la production de miel est égale à la consommation de sucre des apiculteurs. Ils doivent sans cesse nourrir les abeilles », rappelle le scientifique. (...)
comprend que selon lui, interdire les pesticides dangereux pour les abeilles ne suffira pas à les sauver, il faut également faire évoluer les pratiques pour « mettre en place une apiculture durable. »
C’est officiellement le projet du gouvernement, avec son « Plan de développement durable de l’apiculture ». Un plan dont l’abeille noire ne fait pas du tout partie. Ainsi, les aides données aux apiculteurs pour reconstituer leurs colonies servent à l’achat d’abeilles importées.
« La priorité de ce plan est de relancer la profession, de faire en sorte qu’on puisse en vivre. C’est louable mais du coup on ne travaille que sur la productivité », déplore le scientifique.
Super abeille, super solution ?
« Le plan propose de prendre toutes les souches d’abeilles disponibles et de créer une super abeille qui produira beaucoup, résistera aux pesticides et aux maladies. Mais si on la perd pour une raison quelconque, qu’est-ce qui nous reste ? », s’interroge-t-il. (...)