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Marie-Claude Saliceti
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INFO BLAST : Macron et Kohler détournent la correspondance de l’Elysée
#democratie #Macron
Article mis en ligne le 28 mars 2023

À travers des documents, courriers internes et témoignages exclusifs, Blast révèle la manière dont le service de la correspondance de l’Elysée a été réquisitionné au moment des législatives de 2022, pour servir de boîte aux lettres au parti d’Emmanuel Macron, Renaissance ! Le service s’est transformé en officine partisane malgré le principe de neutralité auquel ses agents sont tenus. Explosive, l’affaire met en cause le plus haut sommet de l’Etat, notamment Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée. Ce fonctionnement clandestin révèle un détournement de fonds publics et constitue, à l’évidence, une infraction aux règles de financement des campagnes électorales.

Pour la première fois de son histoire, ce service public effectue le travail d’un parti politique. Celui du président de la République.

L’impératif de Macron

Nous sommes deux mois avant le scrutin des législatives de juin 2022. Réélu le 24 avril sur la promesse d’un changement de méthode face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron a besoin d’un maximum de sièges à l’Assemblée nationale pour se garantir une majorité et pouvoir gouverner. La partie s’annonce d’autant plus ardue, à l’approche de l’échéance, que la gauche fait front commun sous la bannière de la toute Nouvelle union populaire écologique et sociale (NUPES). (...)

À l’aube des élections, nombreux sont les postulants à l’investiture du parti du président de la République. Pour décrocher celle-ci, ils doivent envoyer un courrier avec une lettre de motivation et un curriculum vitae à la direction de la République en Marche (renommée Renaissance depuis septembre 2022). Par erreur ou manque d’informations, plusieurs des postulants adressent leur demande directement à l’Elysée.

« Le traitement des investitures aux législatives d’un parti politique n’est pas de notre ressort pour d’évidentes raisons, explique à Blast un agent du service de la correspondance de l’Elysée. Les moyens de l’administration n’ont pas à être utilisés au service d’un camp politique ou d’un autre. Néanmoins nous ne pouvons pas empêcher une personne de nous écrire, la seule chose que nous pouvons faire c’est ne pas traiter sa demande et lui expliquer qu’il convient qu’elle soit adressée au parti politique concerné et non à l’administration. »

La règle est claire, de bon sens et parfaitement connue et appliquée depuis des décennies, quelque soit le locataire du moment à l’Elysée. (...)

Pourtant, à partir d’avril 2022, la procédure change. « Nous avons effectué un travail de « boîte aux lettres » de LREM », confirme et s’insurge notre fonctionnaire. (...)

Mais ce que Blast dévoile aujourd’hui est inédit. Jamais auparavant autant de moyens publics n’avaient été mobilisés par les prédécesseurs d’Emmanuel Macron, en soutien d’une aventure personnelle. Et surtout de façon aussi directe pour jouer les supplétifs d’intérêts partisans. (...)

Double infraction

Fort de ces découvertes, Blast a contacté la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, pour avis. (...)

cette innovation imposée aux fonctionnaires de l’Elysée tombe sous le coup d’une infraction à la loi.

À double titre. (...)

Enfin, Laurent Dublet, administrateur d’Anticor spécialiste de ces questions, a eu « les cheveux dressés sur la tête » devant nos informations. « Si elles sont avérées, commente le secrétaire général de l’association anticorruption, alors ça relève de la propagande électorale avec les moyens de l’Etat. C’est complètement interdit. Et s’ils le font, ils le savent très bien ».
Des courriers pour draguer l’opposition

Mais l’utilisation à des fins politiques des moyens et des agents du service de la correspondance de l’Elysée ne s’arrête pas là. (...)

Plusieurs agents du service, après avoir insisté sur « le volume énorme de courriers rédigés », ont manifesté leur malaise vis-à-vis de cette nouvelle mission. L’ordre qui l’a déclenchée a été reçu avec surprise par les fonctionnaires comme le montrent plusieurs emails échangés en interne, que Blast a pu consulter. Nous avons choisi de ne pas les publier afin de protéger nos sources.

Alors qu’ils sont habitués à respecter une neutralité imposée par leur statut, il leur était demandé cette fois de rédiger des courriers partisans, sur la base de considérations politiques.

Dans la lettre adressée par exemple à Jordan Guitton, député Rassemblement national de l’Aube, Emmanuel Macron évoque ainsi « l’intérêt général ». (...)

Une source interne précise à Blast que la rédaction de ces courriers avant et après les élections a mobilisé des rédacteurs de tous les bureaux. (...)

« À la même période, ne pouvant faire face à la charge de travail, nous avons archivé des centaines de courriers non traités, avec la mention « à classer, tardif », dont des requêtes de personnes en grande difficulté économique, sociale ou administrative, dont la situation parfois extrêmement difficile n’a fait l’objet d’aucune prise en charge par l’administration, dénonce une autre fonctionnaire, choquée par ces pratiques. Notre charge de travail ne nous permettait pas de traiter leurs demandes, les ressources humaines du service étant consacrées à une autre mission que le service public qui est pourtant notre raison d’être. »

« Ce sont autant de courriers de femmes battues qui n’ont pas été transmis à la préfecture, de personnes en situation de handicap dont la demande de recours suite à la suppression de leur allocation sera restée lettre morte, ou d’enseignants dont nous avons archivé sans traitement la demande de mutation afin d’obtenir un rapprochement familial ou pour soigner un enfant malade », détaille ce témoin.

Contacté par Blast, l’Elysée n’a malheureusement pas donné suite à nos sollicitations. (...)

Une chose est sûre : autant qu’elle est illégale (en en faisant les supplétifs d’un parti), l’histoire de cette cellule partisane au coeur de l’Elysée éclaire d’une lumière crue la stratégie qui a permis à un président aux abois de sauver 9 mois plus tard son gouvernement pour 9 voix à l’Assemblée nationale. Et d’assurer le passage en force de sa réforme des retraites. (...)