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l’Insatiable
Hommage à Thérèse Clerc La vieillesse n’est pas un naufrage !
Cet article est tiré de Cassandre/Horschamp numéro 92, Hiver 2013
Article mis en ligne le 27 février 2016
dernière modification le 23 février 2016

Il aura fallu dix-sept ans de réflexion, et surtout de combat. Mais la maison des Babayagas de Montreuil a surgi de terre, et les premières « sorcières » de ce lieu de vie féministe, autogéré, destiné aux vieilles dames indignes et militantes, viennent d’emménager. Un pied de nez au traitement que nous faisons subir aux vieux et, surtout, un grand projet culturel et politique. Thérèse Clerc, son instigatrice, n’est pas prête à cesser de voir les torchons brûIer !

La vieillesse ? L’âge de la libération ! Encore que, à l’entendre, on puisse douter que Thérèse Clerc ait jamais refréné sa liberté de parole. Elle est l’instigatrice du projet des Babayagas : une longue gestation semée d’embûches, révélatrice du sort que réserve notre société aux vieux, et surtout aux vieilles.

Thérèse Clerc : J’ai écrit le projet de maison des Babayagas en 1995, à la suite de la mort de ma mère, grabataire cinq ans durant. Je travaillais encore à l’époque, mes quatre enfants étaient en « turbulences conjugales », et j’avais quatorze petits-enfants ! J’étais seule - je le suis depuis 68 -, ce furent cinq ans très durs, et je me suis promis de ne pas faire subir la même chose à mes enfants. J’ai cherché une solution : « Si le travail que j’effectue chez moi, nous le faisions à vingt, on ne s’ennuierait pas et on aurait des choses à se raconter ; nous pourrions aussi monter une Université populaire ! » Et c’est ce que nous avons fait. Entre-temps, il y a quinze ans, j’ai aussi créé la Maison des femmes de Montreuil, et rencontré d’autres femmes vivant des problèmes monstrueux avec leurs vieux parents. Nous ressentions ensemble que la vieillesse allait poser des problèmes politiques.

En 1999, les statuts de l’association sont déposés. S’ensuivent trois ans de galère avec les pouvoirs publics : « Ah oui, le projet est innovant, très intéressant, Mesdames, mais nous n’avons pas de cases administratives pour le traiter ! » Le projet innovant en France, c’est par définition le parent pauvre...

En revanche, Jean-Pierre Brard, alors maire de Montreuil, s’est montré enchanté du projet, et nous a obtenu un terrain de 600 mètres carrés en plein centre-ville, entre le théâtre, le nouveau cinéma, la bibliothèque, nouvelles paroisses et grands lieux de culture. Pour les vieilles, cela va être un sirop de jouvence !

Le projet va bien au-delà d’une initiative locale pour vieillir entre copines. Pour Thérèse, il s’agit d’abord d’instiller un autre regard sur la vieillesse, dans une société aussi exaltatrice du jeunisme qu’elle maltraite ses jeunes - et ses vieux. (...)