Un rapide coup d’œil sur nos époque et ses événements violents ou bien drastiques ne peut que susciter un docte malaise, sauf pour ceux qui préfèrent vaquer à leurs occupations sans porter attention au monde, faisant leur cette fameuse devise, après moi le déluge. Si on devait pointer un seul problème de société, le plus général, quel serait-il ? Je lance une piste. Celle des œillères.
A l’époque néolithique, l’homme a dressé l’animal en construisant des barrières. Ne pourrait-on dire que l’homme moderne a dressé l’homme en lui inculquant des œillères ? En lui indiquant ce qu’il faut voir, comment il faut le voir et où aller ! Oui, c’est sans doute cela. Si l’esclave antique devait biser ses chaînes pour se libérer, alors l’homme contemporain asservi, cet esclave mené par le bout du cerveau, doit apprendre à briser ses œillères. Il n’y a pas d’autre enjeu plus important pour la philosophie que de proposer aux hommes les instruments pour casser, voire dissoudre les œillères qui bien entendu, ne sont pas arrivées par pure contingence mais résultent de quelque intention de domination manifestée par des puissants qui grâce à ces œillères tiennent leur ouailles à leur merci.
C’est grâce aux œillères qu’ils envoyèrent les poilus se faire massacrer à la boucherie des tranchées en 1914. Ce sont aussi des œillères inculquées aux jeunes têtes blondes à la croix gammée qui ont poussé les soldats du Reich à massacrer les peuples au nom d’une légitimité de la race supérieure à dominer le monde. (...)
Sans doute faudra-t-il comprendre notre époque comme la fin de la domestication de l’homme, créature soumise à un « système d’élevage » après les chevaux, chiens, moutons et autres mammifères. Bref, une sorte de régression combinée avec d’immenses progrès technologiques. Les chaînes des esclaves antiques étaient matérielles, il fallait les briser. Les chaînes d’asservissement modernes sont dans le cerveau, ce sont des œillères, produites par les images et les discours, qu’il faut briser en les dissolvant grâce au souffle rédempteur et révélateur de l’Esprit.