
Depuis un mois et demi, les pompiers de la gare d’Austerlitz, à Paris, sont en grève. Payés 1 200 euros par mois, ils revendiquent une augmentation de salaire. Leur employeur, un sous-traitant de la SNCF, reste pour l’instant intraitable. Au risque de menacer la sécurité des usagers.
Employés en CDI depuis février 2009, ces sapeurs-pompiers, affectés au site d’Austerlitz, regardent passer leurs employeurs au gré des rotations du marché. Ils deviennent la variable d’ajustement. (...)
Les pompiers goûtent ainsi aux joies de l’externalisation de leur activité, au détriment de leurs conditions de travail. « Ça part en vrille. Nous n’avons pas les plannings en temps voulu pour pouvoir ensuite poser des gardes dans les casernes », déplore Teddy. Un autre gréviste, Jérémie Tassin, renchérit : « On n’a pas d’ordres de mission. On ne sait même pas qui est à même de nous donner des ordres, est-ce Lancry, ceux qui nous payent, ou est-ce la SNCF ? » Alors ils apprennent l’autonomie et « font à leur sauce ». Extincteurs, plans de repères, détections incendie des bâtiments et du RER : à leur arrivée, toute la sécurité incendie était à refaire. (...)
En fait, la stratégie patronale est assez rusée. L’Inspection du travail, qui assure la médiation, serait plutôt gênée aux entournures sur cette question. Difficile de ne pas faire respecter le code du travail, qui impose un temps de travail consécutif maximal à douze heures. En particulier depuis la modification de la directive sur le temps de travail, actuellement en révision à la Commission européenne. Celle-ci bouleverserait toute l’organisation de la sécurité civile française. D’où la « réponse funambule » qu’aurait donnée la direction générale du travail aux grévistes sur le maintien des 24 heures : « Je ne vous dirai jamais que les 24 heures sont interdites, sinon on me mute à Saint-Pierre-et-Miquelon. » (...)
le code de l’habitation et de la construction soumet l’exploitation d’une gare à la présence de sécurité incendie. La gare d’Auterlitz devrait donc être fermée depuis le 3 octobre pour des raisons évidentes de sécurité. Avec en moyenne un ou deux incidents par jour, on imagine mal les comptables et les chargés de planning du sous-traitant secourir un voyageur blessé. « Les mecs qui bossent en bas sont incapables de mettre en route un désenfumage. Si ça brûle au RER, là c’est le tunnel du Mont-Blanc », commente un pompier.
Le Comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a déposé des droits d’alerte qui, jusque-là, sont restés lettre morte. (...)
Officiellement, la SNCF ne s’ingère pas dans le conflit, qui a pour origine, selon elle, « la conformité avec le droit du travail ». Ce qui ne l’a pas empêché de faire appel aux CRS le 7 octobre dernier pour déloger les pompiers de leur poste de commandement. (...)
en matière de sécurité incendie, elle fait appel à des sous-traitants depuis 2001.
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Par le jeu des appels d’offres, elle participe indirectement au moins-disant social, regrettent les grévistes. « C’est automatique, les boîtes qui arrivent essaient de faire des bénéfices maximum. Il y a un jeu de la SNCF qui n’améliore pas les conditions de travail, c’est de pire en pire », constate Julien Bracq. La SNCF ferait cependant pression sur son prestataire pour qu’il trouve une issue, elle aurait même contacté d’autres prestataires possibles. (...)