
(...) C’est ainsi que cet espace vit, depuis maintenant près de six ans : souvent en surrégime, avec les moyens du bord, beaucoup de travail, de soucis, d’angoisses et de nuits écourtées qui nous auraient depuis longtemps fait renoncer si la joie et la fierté de créer, le goût des rencontres n’étaient pas finalement plus forts ; s’il n’y avait pas aussi quelque chose de résolument politique dans le fait de tenir, ici, à son désir, et d’avoir créé un lieu non pas seulement pour soi mais pour les autres. Un lieu qui tient.
La semaine qui vient de s’écouler nous a aussi donné quelques frayeurs, quelques inquiétudes et deux grandes joies, liées à la campagne de financement participatif que nous avons lancée début février, à l’initiative de la plateforme Interdemos, de Philippe Aigrain et de Laure Vermeersch. Il y a eu d’abord ce don anonyme, il y a trois jours, au matin, qui a subitement relancé la machine et nous a permis de croire que nous allions peut-être y arriver, finalement. C’est quelque chose de particulier, un don anonyme, puisque la donatrice ou le donateur pourrait être n’importe qui ; quelqu’un de très proche, quelqu’un qui ne nous aurait jamais rencontrés ; l’étranger et le plus familier se tiennent soudain sur le même plan, comme sur un pied d’égalité, et se confondent. (En découvrant sur l’écran que la somme que je consultais à peu près toutes les cinq minutes et qui n’avait pas bougé d’un iota depuis deux jours, s’était soudain agrandie d’un millier d’euros, j’ai bien sûr eu du mal à y croire, d’abord ; puis je me suis souvenu de ce don anonyme de plusieurs milliers de couronnes que Ludwig Wittgenstein avait fait, par l’intermédiaire d’un ami, à Georg Trakl et à Rilke (il faudra essayer de retrouver le poème de remerciement que Rilke, dans mon souvenir, avait écrit à cette occasion) et, plus confusément, sans doute, de cette habitude des dieux de prendre parfois, en Grèce ancienne, la figure de l’étranger, de l’inconnu, de l’anonyme (n’importe qui, tout le monde, personne, chacun d’entre nous en puissance).
Il y a eu le lendemain cet appel publié par Marie-José Mallis, qui dirige le Théâtre de la Commune, à Aubervilliers, et nous avait rendu visite à plusieurs reprises il y a un peu plus de deux ans, après l’abdication du gouvernement grec.
❝Nos amis du KET à Athènes ont lancé une campagne pour un fonds de soutien à ce théâtre, qui se tient littéralement en temps de crise et frontalement, et comme rarement au fond, contre le risque de fascisation des habitants d’un quartier de la classe moyenne athénienne, fatigués, tentés…
Je suis, comme beaucoup de Français, allée voir des spectacles là-bas, et j’ai vu ce qu’un théâtre de quartier peut être, ce qu’un projet adressé à des gens que l’on fréquente peu au fond, peut être. Toute cette fraternité sobre, cette décision de ne pas lâcher l’idée que nous habitons le même monde, que nous ne devons pas nous abandonner, nous séparer. C’est très admirable, rigoureux, et cette fois on peut le dire, politique.
Au KET, donc, et à ses directeurs.❞
Il y a aussi les petits dons, qui se poursuivent, anonymes ou pas, dons de 5 euros, de 10 euros, de 15 euros, chaque fois un pas de plus, en avant et une petite respiration pour nous : ça continue, ça avance, ça ne va pas s’arrêter.
C’est dimanche, la campagne progresse mais il y a encore du chemin à faire, du travail à abattre. Et, contrairement à ce à quoi nous nous étions habitués, cela ne dépend plus en partie ou plus du tout de nous.
N’hésitez pas
à lire et à partager le texte de l’appel :
https://oulaviesauvage.blog/2018/02/28/soutenez-le-ket-un-lieu-de-creation-alternative-au-coeur-dathenes/
à faire connaître ou cofinancer ce projet par un don direct :
https://fr.goteo.org/project/le-ket-une-scene-pour-l-art-et-la-politique-a-athe
(la contribution la plus faible est pour nous de même valeur que la plus importante),
à venir nous voir si vous êtes à Athènes ou quand vous y passerez,
à entrer en contact avec nous.
Et merci à elle, ou à lui.