La famille N’Fally Cissé ne s’est pas encore retrouvée après le décès brutal de leur fillette des suites d’excision. Cette petite innocente ne s’attendait pas à quelque chose de mauvais, quand son père lui a offert une poupée et autres jouets pour aller passer les vacances auprès des grands parents dans leur village à Kankanya, dans la préfecture de Kouroussa. La pauvre ! Elle ne savait pas non plus qu’elle avait rendez-vous avec la mort quand un lundi matin, on la livrait à la vieille exciseuse du village, qui n’a jamais pu arrêter l’hémorragie après le geste fatal (mutilation génitale).
C’est aussi le cas de dame Traoré qui jusqu’ici est hantée par le souvenir de sa fille de dix ans qui a trouvé la mort dans les mains d’une exciseuse, en juillet dernier. « Quand je pense à cette mort, ça me fait mal surtout quand je vois les jeunes filles de sa génération ».
L’excision une réalité dans les quartiers de la capitale et dans nos villages
Malgré les dégâts causés par l’excision, malgré les campagnes de sensibilisations sur le terrain et les mesures prises, l’excision a encore des beaux jours devant elle. Elle se pratique en plein jour au vu et au su de tout le monde. Les périodes des grandes vacances sont consacrées à sa pratique. Pendant cette période, les fillettes, les jeunes filles sont transportées au village dans les quartiers périphériques de la capitale pour se faire exciser à l’abri des regards. En ce mois d’août, on constate la présence de ces filles excisées dans les familles à travers le pays. Les cérémonies de sortie donnent lieu à des manifestations grandioses dans les quartiers, dans les villages sur les places publiques. 80% des femmes sont mutilées en Guinée, selon un spécialiste de lutte contre la violence faite aux femmes et aux enfants. (...)
Lors de notre enquête, nous avons remarqué que les mutilations génitales féminines en Guinée sont généralement pratiquées dans la très petite enfance par les praticiennes traditionnelles. Et la prévalence varie en fonction du niveau de scolarisation des parents et du milieu socio-économique. Même si les mentalités évoluent grâce aux nombreuses campagnes d’information et de sensibilisation, le poids social de cette pratique reste important, notamment en zone rurale.
L’attitude des Guinéens face à la pratique ?
Dans la société guinéenne en général, la femme occupe une importante. Car elle est un pilier de la famille. L’excision est essentiellement une question de femme : ce sont les femmes qui excisent et font exciser par les exciseuses traditionnelles, sans autorisation formelle du père de l’enfant qui n’est informé qu’en cas de difficulté ou complication médicale.
Le refus de l’excision dans une communauté villageoise ou familiale où la prévalence est forte, risque d’entrainer une stigmatisation et un isolement de la fille et de sa mère. C’est-à-dire la perte de leur statut social. (...)
Selon un expert de la lutte contre les mutilations génitales féminines en contact avec l’UNICEF, 60% des hommes et femmes interrogés en Guinée, pensent que la pratique devrait cesser. Mais les croyances sont tenaces. (...)
Parmi les gens qui condamnent la pratique en public, la plupart d’entre eux l’approuvent en privé », nous dit l’expert.
D’après l’OMS, les mutilations sexuelles féminines sont des interventions qui altèrent où lèsent intentionnellement les organes génitaux externes de la femme pour des raisons non médicales. Selon l’institution onusienne, ces pratiques ne présentent aucun avantage pour la santé des jeunes filles et des jeunes femmes. Elles peuvent, selon toujours l’OMS, provoquer de graves hémorragies et des problèmes urinaires et par la suite des kystes, des infections, la stérilité des complications lors de l’accouchement et accroître le risque de décès du nouveau-né. Ce qui écœure, c’est qu’elles sont pratiquées le plus souvent sur les jeunes filles entre l’enfance et l’âge de 15 ans, ce qui est évidemment une violation de leurs droits (...)
Après nos investigations, nous nous sommes rendus au ministère de la Justice et Garde Des Sceaux où nous apprend que « la Guinée a ratifié la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes ainsi que plusieurs conventions internationales et régionales proclamant l’égalité en dignité et en droit de tous les êtres humains, qui impliquent de la part des Etats signataires l’élimination de textes de lois discriminations et harmonisation de leurs textes nationaux avec les conventions internationaux. L’excision a ainsi été interdite par la loi qui prévoit une peine d’un à cinq ans d’emprisonnement et jusqu’à vingt ans en cas de décès de la victime ». L’excision est donc bel et bien punie par la loi. Mais cette loi est-elle mise en pratique ?