Usés par leur fonction, de plus en plus de maires jettent l’éponge à moins de deux ans de la fin de leur mandat. Le nombre de maires ayant quitté leur fonction depuis 2014 est en hausse de 55% par rapport à la précédente mandature. (...)
"On se sent inutiles, il y a une désespérance face à l’arrogance de l’État", confie à Philippe Rion, maire démissionnaire de Castillon (Alpes-Maritimes).
Si la démission la plus fracassante fut sans nul doute celle du maire de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon, en mars, qui dénonçait le "mépris de l’État pour les banlieues", les maires de petites villes, parfois au bord du burn-out, sont tout aussi nombreux à se décourager.
Selon un calcul réalisé à partir du répertoire national des élus en tenant compte de l’effet du non-cumul des mandats, le nombre de maires ayant quitté leur fonction depuis 2014 est en hausse de 55% par rapport à la précédente mandature. "Il y a des mois où je ne savais plus comment payer les employés", déplore Philippe Rion, qui a dû "tailler sur tout", y compris en "arrêtant les commémorations nationales", avant de finir par augmenter la taxe d’habitation.
"Les communes ne sont qu’une variable d’ajustement financière aux yeux de l’État", critique l’ancien maire dont le village de 380 habitants a enregistré une baisse de 50% en cinq ans de sa dotation globale de fonctionnement (DGF), principale contribution financière de l’État aux collectivités. Selon l’Observatoire des finances locales (OFGL), la DGF représentait 14,8% des recettes de fonctionnement des communes en 2017, contre 21% en 2013.
Malgré une légère hausse de son montant global en 2018, près de la moitié des communes ont vu leur dotation baisser cette année, selon l’Association des maires de France (AMF), qui a réclamé mi-juillet la création "en urgence" d’un fonds spécial pour les communes les plus en difficulté.
"Recul de la démocratie"
La suppression de la taxe d’habitation, qui représente 34% des recettes fiscales des communes, et la forte baisse des contrats aidés, considérés comme une bouffée d’oxygène dans les campagnes, ont encore accru les mécontentements. (...)
Parallèlement, la mission du premier édile n’a cessé de se complexifier, avec "beaucoup de travail administratif et d’assistante sociale, et des indemnités très basses dans les petites communes", constate Luc Rouban. Dans un communiqué justifiant sa démission en juin, la maire de Guérande (Loire-Atlantique) explique s’être engagée parfois "au-delà de (ses) forces" et "souvent au détriment de (sa) famille" dans un mandat qui nécessite de "s’investir à 200%".
Face à cette situation, les associations réclament un véritable statut de l’élu, avec une augmentation des indemnités, un retour à la vie professionnelle facilité et une révision des conditions dans lesquelles la responsabilité pénale des maires peut être engagée.
Du côté des administrés, les exigences n’ont pas diminué, au contraire. "Si un trottoir est un peu défoncé, il faudrait que le lendemain ce soit réparé", se plaint Claude Descamps, maire démissionnaire de Prayssac (Lot). "Les gens veulent régulièrement vous faire des procès", poursuit-il, ajoutant avoir été "à la limite du burn-out". (...)