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Femmes rurales, nous ne laisserons pas la campagne aux hommes
#15octobre2021 #JournéeInternationaleDeLaFemmeRurale #femmes_rurales
Article mis en ligne le 16 octobre 2022

Les femmes du monde rural sont oubliées, invisibilisées, mais des mouvements féministes agricoles puissants et joyeux sont en pleine émergence, assurent les autrices de cette tribune. Ils bousculent un modèle dominant viriliste. (...)

Ce texte a été lu, au pied du tracteur, lors de la manifestation rennaise pour la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars dernier. (...)

Nous voilà. Nous sommes là. Ici, avec vous, pour la première fois en tant que « nous », des femmes rurales et des paysannes. Nous vivons en campagne, nous bossons en campagne, et cela marque nos vécus et nos corps.

Dans cette période de fascisation très forte qu’attisent à bloc les joies de la campagne électorale, la ruralité est représentée par toute une partie du spectre politique (de gauche à droite) comme un espace immuable, terreau de traditions où il fait bon vivre. Et en effet, nous aimons vivre dans nos bourgs, nos hameaux, nos villages. Mais c’est une image tronquée de nos réalités, centrée sur les hommes, l’agriculture et la chasse qui est racontée, pas celle que nous vivons au quotidien.

Nous sommes 11 millions de femmes rurales. 30 % de la population française vit en campagne. 30 % de la population pour 47 % des féminicides [1] ! La prévalence des violences intrafamiliales est donc plus élevée qu’en ville. Pour les victimes, c’est la double peine car elles sont plus isolées, moins protégées et avec moins encore qu’ailleurs d’associations ou de réseaux d’aide à proximité.

Les femmes du monde rural sont oubliées, invisibilisées. En tant que meufs, en ruralité, c’est encore plus compliqué qu’ailleurs de se déplacer, de taffer ou de ne pas taffer, d’avorter, d’accoucher, de vivre des sexualités non hétéronormatives. Sans compter ce que peuvent expérimenter les personnes racisées essayant de vivre dans la campagne française blanche, qu’elles l’aient choisi ou non. (...)

Des premières de corvée, nous en comptons beaucoup parmi nos rangs (...)

Nous partageons des savoirs techniques qui ne nous ont pas été transmis

Le modèle agricole dominant actuel est viriliste. Il se base sur la domination de la nature au même titre que le patriarcat s’enracine dans la domination masculine. Il est à bout de souffle. Mais une nouvelle ère s’allume avec l’émergence de mouvements féministes agricoles puissants et joyeux, du réseau des Civam (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) aux syndicats d’agriculteurs biologiques (GAB) en passant par la branche féministe de la Confédération paysanne. Entrepreneuses rurales, agricultrices et paysannes, nous bousculons la profession pour qu’enfin notre travail soit visibilisé et valorisé, pour faciliter l’accès aux métiers agricoles en œuvrant à dépoussiérer les voies d’apprentissage professionnel et l’accès aux savoirs techniques et, enfin, en questionnant la répartition des tâches dans les fermes et dans les foyers.

Nous sommes prêtes à réinventer l’agriculture (...)

Dans les dix ans qui viennent, la moitié des agriculteurs et agricultrices actuel·les partiront à la retraite. Cela représente un défi majeur pour nous toutes et tous en termes de modèle agricole, de qualité de notre alimentation, de notre eau, de notre air… de nos vies, finalement. Et nous sommes prêtes, agricultrices et paysannes engagées, à réinventer l’agriculture pour mettre au placard les pratiques toxiques du passé. Prêtes à dégenrer l’agriculture et la vie en ruralité pour permettre une véritable transition agroécologique. Ni les femmes ni la terre ne sont des territoires de conquête.