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La Horde
FN et discours social : de l’ultralibéralisme des années 1980 au populisme social d’aujourd’hui
Article mis en ligne le 1er avril 2013

Dans cet article que nous avions publié dans No Pasaran en mai 2011, nous avions fait un petit rappel du discours social à géométrie variable du Front national. Alors que, dans la perspective des prochaines élections, le FN version Marine Le Pen veut se la jouer social, un petit rappel peut être le bienvenu.

Après avoir incarné la mue plastique du Front national (qui serait, grâce à la blondeur et au charisme de sa nouvelle présidente, désormais « dédiabolisé » comme on dit dans les journaux), Marine Le Pen s’attaque à cette vieille lune du FN qui consiste à faire croire à son électorat populaire qu’il défend ses intérêts.

Ainsi, la fille Le Pen promet une fois de plus de faire bouger les lignes à l’intérieur du parti de papa, alors que le FN, depuis sa création, se pose objectivement, en particulier lors des conflits sociaux, comme le plus farouche défenseur des intérêts capitalistes. Revoilà donc le « nouveau » virage social du parti nationaliste, qui serait le gage de son aptitude à répondre aux angoisses socio-économiques dont il se nourrit depuis sa création. Cette situation n’est en effet pas sans rappeler celle des années 1990, « l’âge d’or » du FN en terme d’organisation militante et de résultats électoraux, période durant laquelle le FN s’était essayé à apparaître (déjà !) comme « le parti des travailleurs »…

Quand l’extrême droite tient un discours social, c’est forcément débarrassé de la notion de lutte des classes, et son projet repose toujours sur la réconciliation entre patrons et salariés, au nom de l’intérêt supérieur de la nation. (...)

après avoir appelé de ses voeux, tout au long des années 1980, une « révolution libérale » et avoir cité comme modèle Ronald Reagan, le président US de l’époque, le FN milite désormais pour un nouveau protectionnisme et dénonce « l’idéologie dominante » imposée par les États-Unis : c’est le passage de l’anticommunisme à l’antimondialisme, rendu nécessaire par la chute du mur de Berlin en 1989. Cette nouvelle orientation a non seulement l’avantage de fusionner un double rejet (celui du modèle capitaliste ultra-libéral et celui du communisme) dans la dénonciation d’un ennemi unique, mais également celui d’associer plus facilement politique d’immigration et politique économique, qui toutes deux feraient parti du même projet politique : la destruction des nations, menée par de mystérieux apatrides (suivez mon regard…). (...)

En revanche, le programme fiscal lui ne change pas, et conserve comme ligne la suppression de l’impôt sur le revenu, sous l’influence de Jean-Claude Martinez, membre du bureau politique du FN et président de l’ASIREF (Association pour la Suppression de l’Impôt sur le Revenu Et la réforme Fiscale). Aussi, pour financer son programme, le FN propose d’une part une forte augmentation du salaire direct et une diminution radicale des charges sociales, tout en fiscalisant les ressources de la Sécu, et d’autre part bien entendu l’arrêt de tout transfert en direction des immigrés, qu’il s’agisse de la Sécurité sociale, des indemnités chômage ou de toute autre allocation.

Malgré cela, idéologiquement, le plus dur est fait, malgré quelques résistances des libéraux du parti. Le FN peut désormais prétendre être au diapason des préoccupations sociales de son électorat, et il ne reviendra pas en arrière sur ces différents points. Reste à faire valider cette nouvelle orientation, à la fois en s’implantant dans le monde du travail et en réussissant à réagir lors du prochain mouvement social. (...)

le FN semble avoir repris de la vigueur et retrouver sa forme d’antan : en interne, Marine Le Pen, comme son père, a réussi à faire taire ses opposants ; vers l’extérieur, elle passe mieux dans l’opinion que son père et les résultats aux cantonales de mars comme les plus récents sondages montrent qu’elle a su rendre au FN la place centrale qu’il avait dans la vie politique dans les années 1990, le côté « sulfureux » en moins. Cette vitalité est cependant en trompe-l’oeil, car l’appareil lui-même n’a rien à voir avec celui de 1995, et les milliers d’adhérents annoncés sont surtout de papier, tandis que les caisses sont vides, tout comme le sont les différentes structures censées relayer le discours frontiste dans la société civile. Car c’est là le paradoxe actuel de la situation du FN : omniprésent dans les médias, puissant dans les urnes, il est incapable d’avoir une présence effective dans le monde réel. Il lui faut donc, sur la question sociale, se livrer à un véritable tour d’illusionniste pour masquer sa faiblesse organisationnelle. (...)