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Esclavage en Libye : « La communauté internationale et la France s’indignent alors qu’elles savaient »
La France et d’autres états européens ont dénoncé la traite des êtres humains visant les migrants en Libye. Les associations dénoncent un cynisme et une schizophrénie
Article mis en ligne le 24 novembre 2017

Le 17 novembre, la chaîne américaine CNN a diffusé une vidéo tournée en Libye exposant la traite de jeunes migrants.
Les images ont suscité l’indignation de plusieurs chefs d’États, dont Emmanuel Macron.
La France, à travers l’Union Européenne, coopère pourtant depuis plusieurs années avec la Libye pour endiguer les arrivées de migrants sur son territoire.

« Tout était parfaitement connu des États qui s’indignent aujourd’hui. On nage en pleine schizophrénie ». Jean-François Dubost, responsable du programme « protection des populations » au sein d’Amnesty, peine à cacher son exaspération. Comme lui, l’immense majorité des bénévoles associatifs qui aident et accompagnent les migrants dénoncent l’hypocrisie des dirigeants européens suite à la diffusion le 17 novembre sur CNN d’un reportage sur l’esclavage des étrangers en Libye.

Pendant des mois, Médecins sans frontières (MSF), Amnesty, SOS Méditerranée, le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU et même la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) ont tenté d’alerter les autorités politiques sur les violations systématiques des droits des réfugiés en Libye. En vain. Il aura fallu les images violentes, venues d’un autre âge, de jeunes hommes mis aux enchères pour interpeller les chefs de gouvernement. (...)

En juillet dernier, les ministres européens de l’Intérieur ont décidé de renforcer le partenariat avec la Libye afin de stopper l’exil en direction des côtes italiennes. Cela faisait déjà pourtant plus d’un an que l’ONU avait alerté la communauté internationale sur « l’exploitation par les autorités, les groupes armés et les passeurs de milliers de migrants, dont beaucoup font l’objet de détentions arbitraires prolongées, de travail forcé, d’extorsion, de trafic et de violence sexuelle ». (...)

« L’indignation, c’est très bien dans l’absolu. Mais ils étaient au courant et coopéraient avec ce pays. La volonté d’endiguer le flux migratoire était plus forte », dénonce Eva Ottavy, responsable des solidarités internationales à la Cimade. « C’est vraiment surprenant de voir leur réaction. Médecins sans frontières est présent dans les centres de détention libyens depuis juin 2016 et nous avions porté à la connaissance des autorités la situation alarmante des migrants détenus », ajoute Hassida Hadj-Sahraoui, chargée d’affaires humanitaires et du dossier « migrations » au sein de l’ONG.
Une « exploitation généralisée »
Tous les acteurs présents sur place s’accordent lorsqu’il s’agit de dépeindre le chaos Libyen. « Les récits des migrants passés par ce pays sont terriblement similaires et les violences touchent tout le monde », détaille Jean-François Dubost d’Amnesty. « Certains nous ont raconté que des fermiers se rendaient directement dans les centres de détention et demandaient aux gardes d’acheter des jeunes hommes pour les faire travailler sur leurs exploitations (…) D’autres ont été torturés par les gardes en échange de rançon demandées à leurs proches restés au pays. On assiste à une exploitation généralisée sous couvert de lutte contre l’immigration illégale », poursuit Hassida Hadj-Sahraoui d’MSF. (...)

La France doit modifier son discours en matière d’asile et d’immigration et doit cesser de considérer le territoire libyen comme étant sûr. Les politiques mises en place ces dernières années ont tout fait pour éloigner ces personnes de nos territoires. Si aujourd’hui ces gens sont bloqués en Libye, c’est parce qu’on a tout fait pour ! », explique le militant d’Amnesty. (...)