
Les ressources naturelles abondent en Papouasie occidentale. Pourtant, depuis son annexion forcée en 1963, cette province indonésienne concentre les populations les plus pauvres de l’archipel (1). Nouvelle illustration de ce paradoxe ordinaire en terre papoue, le conflit qui oppose depuis la mi-septembre huit mille grévistes — 70 % des mineurs, selon les syndicats — à la société Freeport Indonesia (PT-FI), filiale à 91 % du géant minier américain Freeport-McMoRan Copper & Gold Inc, basé à Phoenix, dans l’Arizona. Déjà, la répression a fait deux morts et au moins sept blessés graves parmi les grévistes.
Cette filiale de vingt-quatre mille salariés exploite depuis 1990 la plus grande mine de cuivre et d’or au monde en termes de réserves récupérables : le site minier de Grasberg, situé à quelques kilomètres du Puncak Jaya, point culminant d’Océanie et terre sacrée pour nombre de groupes ethniques. Le cuivre, dont celui de Papouasie occidentale, génère près de 80 % des revenus de Freeport-McMoRan.
A l’origine du conflit, des revendications salariales sur fond de terribles frustrations sociales : la grande majorité des mineurs sont nés sur ces terres si généreuses, dont ils ne tirent aucun profit.
(...) « N’aurions-nous droit qu’aux préjudices de cette exploitation ? », clame l’un des mineurs (...)
A raison de quelques grammes de précieux minerai extraits (0,98 gramme d’or par tonne par exemple), la mine rejette chaque jour plus de 700 000 tonnes de déchets aux dépens des autochtones, spoliés de leurs terres quand ils n’ont pas été empoisonnés par les eaux de leurs fleuves. (...)
La multinationale bénéficie donc d’un label d’acteur éminemment respectable, dont on entend moins vilipender les excès que protéger les actifs.
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Depuis l’affrontement, les négociations sont au point mort. Pis, l’activité de la mine est arrêtée et ses voies d’accès sont bloquées par les grévistes. La dernière production quotidienne (230 000 tonnes d’or, 150 000 tonnes de cuivre) est en attente d’exportation. Certains pipelines ont même été sabotés, rendant impossible tout acheminement des métaux précieux vers les ports. (...)
les grévistes sont plus que jamais déterminés à faire durer le mouvement. Non seulement pour faire aboutir leurs revendications, mais aussi pour faire toute la lumière sur les circonstances de ce qu’ils appellent un nouveau « meurtre Freeport ». (...)
Les travailleurs péruviens de la mine de cuivre de Cerro Verde, contrôlée par Freeport-McMoRan, ne viennent-ils pas à leur tour de lancer une grève illimitée pour réclamer des augmentations de salaires ? « Nous sommes parvenus à réaliser en 2010 les meilleurs résultats financiers de l’histoire de notre entreprise », annonçait récemment le géant minier à ses actionnaires (2). Ceci explique peut-être aussi cela.