Depuis deux mois, le FLNKS et ses alliés n’ont pas réussi à se mettre d’accord pour la présidence du nouveau gouvernement, où ils sont pour la première fois majoritaires. Ce qui ajoute à l’incertitude autour de l’avenir du « Caillou ».
Six mois après le second référendum d’autodétermination, qui a vu la victoire serrée du non à l’indépendance avec 53,26 % des voix, la Kanaky-Nouvelle-Calédonie connaît une nouvelle crise institutionnelle : l’archipel n’a plus de gouvernement depuis début février. Plus précisément, le nouvel exécutif à majorité indépendantiste n’est pas parvenu à élire un président lors d’un troisième vote organisé le 1er avril. C’est donc l’ancienne équipe, pourtant démissionnaire, présidée par l’anti-indépendantiste Thierry Santa (l’Avenir en confiance, droite), qui continue d’expédier les affaires courantes. Avec un détail de poids toutefois : la date limite pour l’adoption du budget étant arrivée à échéance le 31 mars, c’est l’État qui a repris la main sur ce dossier.
Un nouvel imbroglio politique qui complique encore un peu plus l’avenir et met en lumière les dissensions entre indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui avaient pourtant une occasion inédite de détenir, pour la première fois dans l’histoire, les postes clés au sein du Congrès (l’assemblée législative locale) et du gouvernement, traditionnellement collégial et élu par le Congrès.
Point de non retour
Mardi 2 février, sur fond de crise à propos de la vente de l’usine de nickel du Sud, à Goro, le désaccord entre la droite et les différentes organisations indépendantistes a atteint un point de non-retour. Ces derniers, regroupés au sein du collectif Usine du Sud = usine pays en compagnie de chefferies kanak locales et de syndicats, reprochent à la province Sud et au gouvernement, dirigés eux par la droite de l’Avenir en confiance, de brader le patrimoine du pays. Les cinq membres indépendantistes du gouvernement (lequel compte onze membres) ont démissionné et l’ont fait chuter de facto. (...)
si l’unité est de rigueur lorsqu’il s’agit de s’opposer à la droite colonialiste, le camp des indépendantistes est depuis longtemps divisé. Ses deux composantes majeures sont l’Union calédonienne (UC-FLNKS) et l’Union nationale pour l’indépendance (UNI-FLNKS), qui, grâce à leurs alliés, comptent trois ministres chacune. Mais les deux parties présentent un candidat, ce qui dit tout des divergences politiques de fond (...)
après plusieurs votes, les 2 février, 2 mars et donc le 1er avril, aucun consensus ne se dégage malgré d’intenses discussions entre les deux camps. Même l’accord national à propos de la vente de l’usine de nickel, signé le 4 mars par toutes les parties, ne permet pas de débloquer la situation. (...)
tout le monde a déjà en tête la prochaine échéance, en 2022 : le troisième et dernier référendum prévu par cet accord de Nouméa, que les indépendantistes espèrent décisif pour enfin accéder à la « pleine souveraineté ». La Kanaky-Nouvelle-Calédonie a peur de basculer dans l’inconnu, mais elle y est déjà un peu.
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Kanaky Nouvelle-Calédonie : situations décoloniales
Les accords de Nouméa signés en 1998 prévoyaient un transfert progressif de compétences au gouvernement de Nouvelle-Calédonie puis, entre 2014 et 2018, la mise en œuvre de l’autodétermination du peuple calédonien. Or, rien n’est établi pour l’instant. Le référendum prévu aura-t-il lieu, avec quel corps électoral, en posant quelle alternative ? Où en sont les mouvements indépendantistes, associationnistes et loyalistes ? Quels sont les enjeux pour les populations calédoniennes transformées suite aux politiques de peuplement de l’État français, aux « événements » de 1984-88, aux accords de 1988 et de 1998 ? La singularité du processus de décolonisation de Kanaky, à l’issue encore incertaine, est un révélateur des enjeux décoloniaux à l’œuvre dans la France d’hier et de demain, dans ses confins comme dans sa survivance métropolitaine.
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