Les autorités et Emmanuel Macron soutiennent le projet minier de la Montagne d’or, porté par la société russe Nordgold. Le dégât environnemental en est certain et le bilan économique discutable. La mobilisation s’organise en Guyane.
Dès avril 2016, Reporterre lançait l’alerte sur un projet de mine d’or en Guyane porté par une multinationale et soutenue par Emmanuel Macron. Au même moment, quelques personnes fondaient le collectif Or de question. Il fédère aujourd’hui des organisations guyanaises et nationales, comme Les Amis de la Terre, la Fondation Nicolas Hulot, Ingénieurs sans frontières, contre ce qu’il qualifie de « mégamine d’or industrielle ».
2,5 km de long, 500 m de large et 400 m de profondeur. C’est une immense fosse que prévoit de creuser la compagnie russe Nordgold sur le site de la Montagne d’or, dans l’ouest de la Guyane, après que des travaux de prospection y aient été menés par la junior canadienne Columbus Gold. Actuellement dominé par une exploitation artisanale, légale et illégale, et par quelques structures semi-industrielles, le domaine minier guyanais basculerait alors dans une exploitation industrielle de l’or orchestrée par des multinationales. Si ce projet voit le jour, ce serait la plus grande mine d’or exploitée en France. C’est de cela que les organisations qui composent Or de question ne veulent pas et les raisons à cette opposition ne manquent pas. (...)
À l’échelle nationale, le gouvernement soutient ouvertement le projet. Lorsqu’il était ministre de l’Économie, Emmanuel Macron avait annoncé vouloir « tout faire » pour que la mine de Montagne d’or voie le jour, après avoir visité le site l’été 2015. Le lobby minier continue à s’activer. En septembre 2016, Bercy recevait Igor Klimanov, directeur du développement de Nordgold, d’après le magazine Challenges.
Dans le cas de la Montagne d’or, c’est plus qu’un feu vert des autorités dont la multinationale a besoin, c’est d’une véritable mise à disposition d’infrastructures pour exploiter le sous-sol. En effet, l’exploitation du site telle qu’elle est prévue par Nordgold nécessitera 20 mégawatts d’énergie, soit la consommation annuelle de Cayenne, selon les Échos. Or la production actuelle d’énergie n’arrive pas à couvrir les besoins croissants de la population guyanaise. Et plutôt qu’une production d’électricité sur place, Nordgold privilégie un raccordement à EDF nécessitant, outre cette production d’électricité supplémentaire, de tirer une ligne aérienne sur 120 km le long d’une piste en forêt. (...)
Face à cette mise en coupe réglée du territoire guyanais, des politiques locaux commencent à s’interroger. Ainsi, Jean-Étienne Antoinette, ex-sénateur-maire de Kourou et candidat aux élections législatives de 2017 pour le parti Walwari, fondé par Christiane Taubira, exprimait récemment des doutes quant à la pertinence du projet. (...)
En attendant, sur la Montagne d’or, « les travaux d’installation du camp ont déjà commencé, sans autorisation », alerte Harry Hodebourg. Dans ce contexte, ceux qui préféreraient entendre « la montagne dort » ne peuvent compter que sur un réveil citoyen.