Je préfère qu’on aide ma famille plutôt que les étrangers, même si ce n’est pas bien de dire ça" : Veronica Talaya fait partie des Espagnols aidés par España 2000, l’un des petits partis d’une extrême droite qui reste marginale en Espagne malgré la crise.
(...) Cette ONG a soulevé fin mars l’indignation des autorités locales, qui ont déposé plainte pour discrimination, en distribuant des vivres dans un quartier pauvre de la ville, uniquement à des Espagnols montrant leur carte d’identité. (...)
Mais ce discours, contrairement à d’autres pays européens, reste peu porteur en Espagne, malgré un chômage à 26%. España 2000, ni aucun autre groupe d’extrême droite, ne prétend à un siège de député lors des élections européennes de mai.
España 2000, qui revendique des liens avec le Front national français, ne comptabilise que 4.000 adhérents et cinq élus municipaux. Un autre groupe basé en Catalogne, la Plataforma per Catalunya (PxC), dispose d’une soixantaine de conseillers municipaux.
"L’Espagne est un bon exemple dans la mesure où elle montre, comme dans d’autres pays qui ont fait l’objet d’un +sauvetage+ (Irlande, Portugal), que la crise économique ne génère pas en elle-même l’extrême droite", relève l’historien Xavier Casals, spécialiste des mouvements extrémistes.
Pourquoi ? D’abord parce que "l’Espagne, il y a pratiquement dix ans, était encore une population d’émigrants", souligne-t-il.
De plus, "dans les années 90 et la première partie des années 2000, les immigrés étaient décrits comme positifs", aidant au développement économique du pays, renchérit le sociologue Fermin Bouza. (...)
Le sociologue relève aussi que l’extrême droite en Espagne "vient d’une guerre civile" et du franquisme (1939-1975). Par la suite, le Parti populaire, de droite, aujourd’hui au pouvoir, a "réussi à tenir l’extrême droite sous contrôle", explique le sociologue, estimant à "un quart ou un tiers du PP", soit environ 3 millions, les personnes se réclamant d’extrême droite.
Une partie d’entre elles sont réfractaires à "adopter une xénophobie contraire à leur culture politique marquée par le catholicisme", défenseur des valeurs d’égalité, "et l’hispanité", qui unit les peuples hispaniques, alors qu’environ un étranger sur cinq vient d’Amérique latine, souligne Xavier Casals.
– Une extrême droite fragmentée - (...)