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En Angleterre, le mouvement Extinction Rebellion lance l’insurrection pour le climat
Article mis en ligne le 17 novembre 2018

En lançant le mouvement Extinction Rebellion, des activistes anglais s’engagent avec détermination dans la lutte contre le changement climatique et la disparition des espèces, raconte notre chroniqueuse. Alors que le changement est possible et urgent, disent-ils, les politiques ne font rien. Aux citoyens de reprendre la main en se soulevant pour inverser le rapport de force.

On devrait plus souvent regarder ce qui se passe ailleurs. Pendant qu’en France on marche pour le climat sous le slogan « il est encore temps », en Angleterre on prépare des opérations de blocage en scandant « We don’t have time » (« on n’a plus le temps »). Il y aurait là matière à faire des parallèles intéressants avec le blocage récent d’une mine de charbon en Allemagne, d’un sommet pétrolier à Pau ou encore avec les principes d’action non violente d’Alternatiba en France. Mais pour l’instant, peu de choses ont filtré en France sur la naissance de ce mouvement pourtant destiné à s’internationaliser.

Mercredi 31 octobre à Londres, plusieurs centaines de personnes se sont regroupées devant le Parlement, à Westminster, munies de panneaux sur lesquels figure un étrange motif : un sablier enfermé dans un rond. Ce rond, c’est notre planète. Le sablier, le compte à rebours de l’extinction. Leur bannière : Extinction Rebellion.(...)

On apprend sur les réseaux qu’il y a eu une quinzaine d’arrestations à Londres(...)

XR revendique une approche systémique qui prend le contre-pied du sentimentalisme ordinaire, et n’hésite pas à se qualifier de révolutionnaire. Vu de France, il peut sembler paradoxal d’en appeler au soulèvement populaire et de parler de situation de guerre [3] tout en se disant non violent, tant on a essayé de nous fourrer dans le crâne que les insurrections étaient forcément sanguinaires. Il suffit pourtant de se souvenir de la marche du sel de Gandhi ou de la dissidence de militants — noirs et blancs — contre la ségrégation raciale dans les bus des années 1950 aux États-Unis(...)

Autant de filiations dont se réclame XR en annonçant le chiffre de 500 personnes formées et prêtes à aller en prison. (...)

c’est vrai : les mères célibataires, les réfugiés, les salariés les plus précaires ne peuvent pas se permettre une arrestation. Mais précisément : que celles et ceux qui le peuvent soient devant, en première ligne ! Et ne faisons pas non plus comme si c’était facile pour eux. Ce choix n’est jamais simple, pour personne. Il doit être fait de manière délibérée et planifié. Or, préparée, l’opération l’est : dans tout le pays, que ce soit via des réunions physiques, des webinaires sur leur site ou des vidéos sur YouTube, des formations ont lieu depuis des semaines pour mettre en perspective les enjeux scientifiques et politiques du climat, aborder la question de l’effondrement et apprendre à vivre avec, s’organiser concrètement pour bloquer une route ou encore acquérir les rudiments en vue d’une arrestation. Et chacun peut trouver un rôle à sa mesure : des groupes affinitaires existent, des rôles de soutien et de communication moins exposés aussi.

« L’espoir meurt, l’action commence »(...)

à la culture du nombre qui préside aux pétitions, marches et manifestations, le mouvement veut aujourd’hui substituer des actions pas forcément massives mais « disruptives » [5], c’est-à-dire perturbatrices et subversives, sans violence contre-productive. Selon eux, commencer une grève de la faim ou se déclarer prêt à aller en prison indique combien l’affaire est sérieuse et montre une mise en danger qui force le respect et réveille l’opinion. En somme, « plus l’enjeu est fort, moins il y a besoin d’être nombreux ». Cette idée fait référence à la « fenêtre d’Overton » un concept qui théorise un espace fluctuant, sous la forme d’une fenêtre dans laquelle se situe ce qui est politiquement acceptable par le public. Donald Trump, par exemple, a rendu le racisme politiquement acceptable aux États-Unis. XR, lui, veut rendre l’inaction face à l’effondrement inacceptable.

Leurs actions ne visent pas à influencer l’orientation du gouvernement ou à lui demander d’agir : cela déjà été fait et a largement échoué. Leurs actions visent à obtenir que la vérité scientifique sur les risques d’effondrement soit dite au grand public (l’idée selon laquelle des chiffres aussi alarmants devraient faire la « une » chaque jour revient souvent dans leurs propos), la mise en place d’une économie zéro carbone d’ici 2025, et que celle-ci soit placée sous le contrôle d’une assemblée de citoyens [6].(...)

Loin d’apparaître comme un mouvement marginal ou gauchiste, on compte parmi les soutiens d’Extinction Rebellion une centaine d’universitaires(...)

À rebours de la « positive attitude », de l’injonction de livrer à chacun sa dose de bonnes nouvelles, de plus en plus d’auteurs et de praticiens le disent : le contraire de l’espoir n’est pas le désespoir, mais la douleur. Et face à elle, on trouve le courage, qui peut se définir selon Kate Marvel comme « la détermination à faire bien, sans certitude de victoire ». (...)

Cette opération de désobéissance civique va s’intensifier graduellement sur plusieurs mois : ce qui s’est passé le 31 octobre à Westminster n’en était que la préfiguration, une sorte d’entraînement. Le point d’orgue de cette première semaine d’actions en Angleterre aura lieu le 17 novembre.(...)

Ce sera aussi la date d’ouverture de la COP sur la biodiversité, à Charm el-Cheik, en Égypte : la secrétaire exécutive de la commission biodiversité des Nations unies vient d’annoncer qu’il ne nous restait que deux petites années pour réagir drastiquement, sous peine de devenir la première espèce à recenser sa propre extinction.