Pour mener à bien l’enquête sur les accusations d’agression sexuelle portées contre Nicolas Hulot, l’équipe d’“Envoyé spécial” a travaillé dans la confidentialité et fait face à la pression de ses avocats. Élise Lucet nous dévoile les coulisses.
Une onde de choc. Diffusée jeudi 25 novembre, l’enquête d’Envoyé spécial, où quatre femmes accusent Nicolas Hulot d’agression sexuelle, a été vue par plus de 3,8 millions de téléspectateurs – un record pour l’émission cette année –, et suscité de nombreuses réactions. Elle a aussi eu pour effet collatéral de libérer la parole d’autres femmes se disant victimes de l’ancien homme politique. L’investigation menée pendant quatre ans dans la plus grande confidentialité par Virginie Vilar aura donc sans doute une suite. La journaliste et présentatrice Élise Lucet revient pour Télérama sur les coulisses d’une enquête et d’une diffusion sous haute pression. (...)
Pourquoi cette longue enquête était-elle aussi importante à mener ?
La parole des femmes et les violences faites aux femmes sont des questions essentielles dans la société d’aujourd’hui. Quand ces violences sont exercées, si elles sont confirmées, par un personnage aussi central, une icône tant dans la vie politique que médiatique, un homme respecté et respectable pour ses combats pour l’environnement, ça prend une autre dimension. Ce qu’on a touché du doigt, c’est la difficulté des femmes à prendre la parole quand elles subissent des agressions sexuelles. Alors imaginez quand elles sont commises par quelqu’un de connu, adulé à la fois par les politiques et le grand public. Cette enquête s’adresse à toutes les femmes victimes de violences : oui, vous pouvez le raconter ; oui, on peut vous croire si votre témoignage est crédible et vérifié journalistiquement. Que ces femmes soient entendues face à un personnage aussi central dans l’opinion publique, cela envoie un message fort à plein d’autres et à la société en général. Nous sommes dans une époque où les mœurs sont en train de changer. (...)
“Les témoins nous faisaient confiance, et il y avait une nécessité de les protéger et que leurs identités ne sortent pas.” (...)
Nous nous y sommes engagés pour qu’elles ne subissent aucune pression, qu’aucune tentative d’intimidation ne puisse être exercée contre elles. C’était capital pour nous. C’était un contrat de confiance entre elles et nous, et nous l’avons respecté à la lettre. On voulait respecter le timing de ces femmes.
La direction de la chaîne a-t-elle suivi cette enquête avec une attention particulière ?
Elle était au courant que l’on travaillait sur ce sujet sans en demander plus et nous a totalement soutenus dans notre démarche. Depuis un mois, tout le monde a défendu le reportage sans qu’on ne révèle les identités mais en expliquant les profils et les témoignages. Nous avons reçu un soutien sans faille de Delphine Ernotte et de tout le groupe, qui s’est mis en ligne derrière nous. Surtout, ils nous ont laissé le temps, et dans ce genre d’enquête le temps est un allié indéfectible. On ne peut pas sortir de telles affaires dans la précipitation. (...)
Nous nous y sommes engagés pour qu’elles ne subissent aucune pression, qu’aucune tentative d’intimidation ne puisse être exercée contre elles. C’était capital pour nous. C’était un contrat de confiance entre elles et nous, et nous l’avons respecté à la lettre. On voulait respecter le timing de ces femmes.
La direction de la chaîne a-t-elle suivi cette enquête avec une attention particulière ?
Elle était au courant que l’on travaillait sur ce sujet sans en demander plus et nous a totalement soutenus dans notre démarche. Depuis un mois, tout le monde a défendu le reportage sans qu’on ne révèle les identités mais en expliquant les profils et les témoignages. Nous avons reçu un soutien sans faille de Delphine Ernotte et de tout le groupe, qui s’est mis en ligne derrière nous. Surtout, ils nous ont laissé le temps, et dans ce genre d’enquête le temps est un allié indéfectible. On ne peut pas sortir de telles affaires dans la précipitation. (...)
Nous avons respecté le secret des sources, capital dans ce genre d’affaire. On a l’habitude de travailler ainsi pour Cash investigation et Envoyé spécial. Mais il y a eu une pression assez forte des avocats et des échanges de courriers très vifs. (...)
Nous avons potentiellement plusieurs autres témoignages. Mais on ne va pas être dans la course pour sortir un second volet dans deux mois. S’il faut un an ou plus, très bien. Nous travaillerons de la même manière, avec le même sens du recoupement, de respect des témoins. Nous y sommes très attachés à Envoyé spécial, c’est notre marque de fabrique avec les deux rédacteurs en chef de l’émission, Gilles Delbosse et Agnès Molinier. Après cette diffusion, la confiance des femmes s’est encore renforcée à notre égard. Le couvercle a été soulevé. On ne peut pas savoir combien de femmes vont se décider à parler et combien d’autres vont prendre contact avec nous. Ce que je peux vous dire, c’est que l’intervention de Nicolas Hulot sur le plateau de BFMTV [la veille de la diffusion de l’enquête, ndlr] en a blessé beaucoup. Le fait qu’il les traite de menteuses a été insupportable pour elles.
“Nous ne sommes pas que dans la dénonciation mais dans le décryptage d’une société dont nous nous faisons l’écho.” (...)
Envoyé spécial S31 : Nicolas Hulot : des femmes accusent
En replay 114 min disponible jusqu’au 02.12.21