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UNHCR
Des réfugiés au Cameroun contribuent à la construction de la « grande muraille verte » pour lutter contre la désertification
Article mis en ligne le 19 novembre 2021

« Une fois que vous l’avez planté, veillez à le protéger des animaux en mettant des ronces autour », conseille Lydia Yacoubou, une réfugiée nigériane, à la jeune réfugiée à qui elle vient de remettre un plant de margousier cultivé dans la pépinière qu’elle gère au camp de réfugiés de Minawao, dans le nord-est du Cameroun. (...)

Le camp de Minawao accueille près de 70 000 réfugiés qui ont fui les violences liées à l’insurrection de Boko Haram au Nigéria voisin depuis 2014. Dans cette région aride déjà très affectée par le changement climatique, l’arrivée des réfugiés a accéléré le processus de désertification. Ces derniers ont en effet coupé les quelques arbres environnants pour du bois de chauffage.

« Il était crucial de trouver une solution. »

« Il est difficile de décrire toute la profondeur de l’impact de la disparition de la forêt sur les populations », explique Zara Maina, assistante de terrain au HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés. « Le prix du bois a considérablement augmenté, provoquant des conflits avec les communautés d’accueil. Les femmes ont été obligées de marcher loin dans la brousse pour aller chercher du bois, s’exposant ainsi à des attaques potentielles. Les animaux avaient de plus en plus de mal à se nourrir. Il était crucial de trouver une solution. »

Face à ce désastre écologique et humain, le HCR et la Fédération luthérienne mondiale (FLM) ont lancé en 2018 un programme inédit visant à faire reculer la déforestation dans le camp et les villages environnants.

Les réfugiés ont reçu une formation sur l’usage de la technique connue sous le nom de « technologie de plantation en cocons ». Mise au point par la société Land Life Company, cette technique permet de planter des arbres en conditions de sécheresse. Elle consiste à enterrer un réservoir d’eau fabriqué à partir de cartons recyclés, qui entoure les racines de la plante et la nourrit à l’aide d’une ficelle reliée à la jeune pousse. Cela offre aux jeunes plants de meilleures chances de survie dans cet environnement difficile. (...)

« Depuis le début du projet, 360 000 plants ont été cultivés dans la pépinière et plantés sur plus de 100 hectares », explique Abdul Aziz, coordinateur du projet de la FLM. « Le camp était presque déboisé, mais ce projet a permis de restaurer la couverture végétale. »

Financé par un don de 2,7 millions de dollars de la Loterie postale néerlandaise, le programme fait partie de l’initiative de la Grande Muraille verte, qui vise à ériger une barrière de 8 000 kilomètres à l’échelle du continent africain pour lutter contre la dégradation des terres, la désertification et la sécheresse au Sahel.

Le projet s’inscrit également dans la stratégie du HCR visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre associées aux camps de réfugiés et à préserver les environnements locaux. Cette démarche inclut l’intensification de la plantation d’arbres et des programmes de cuisine propre, l’investissement dans des systèmes d’énergie solaire et la réduction des déchets plastiques. (...)

Les premiers arbres plantés il y a quatre ans fournissent désormais suffisamment d’ombre pour que les familles cultivent, ce qui n’était pas possible auparavant. (...)

Vue du ciel, l’évolution du site en quelques années est frappante. (...)

Mais les progrès restent fragiles, les réfugiés et les habitants ayant toujours besoin de combustible pour cuisiner et se chauffer.

Pour répondre à ce besoin, le HCR et la FLM encouragent le recours aux sources d’énergie alternatives. Les familles du camp peuvent envoyer leurs déchets ménagers dans des centres de production où des réfugiés formés les transforment en charbon qu’ils peuvent utiliser dans des poêles spécialement adaptés.

Abdul Aziz, de la FLM, explique que le « charbon écologique » a permis de réduire la nécessité de couper des arbres pour le bois de chauffage ainsi que les tensions entre les réfugiés et la population locale. Tandis que les réfugiés se portent volontaires pour travailler dans la pépinière et planter des arbres, la production de charbon est devenue une source de revenus pour de nombreuses familles. (...)