Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Basta !
Des Etats-Unis à la France, comment la montée électorale des nationalismes attise les violences racistes
Article mis en ligne le 4 mai 2017

Près de 900 actes à caractère xénophobe, homophobe ou encore sexiste ont été relevés aux États-Unis dans les dix premiers jours suivant l’élection de Donald Trump. Le nombre d’actes de haine a également explosé au Royaume-Uni suite à la campagne qui a conduit le pays au Brexit, largement axée sur le rejet des réfugiés. Des campagnes électorales brutales et nauséabondes, suivies de victoires des forces nationalistes, mais aussi la reprise depuis de longues années des discours de division par la droite et par une partie de la gauche, y ont encouragé la libération d’une violence pouvant aller, dans certains cas, jusqu’au meurtre. La France, où l’extrême-droite entretient un rapport ancien à la violence, est-elle à l’abri de tels excès ?

(...) Lors de sa première interview post-élection, Donald Trump a condamné les actes de violence raciste, demandant à ses partisans de les cesser. Mais la nomination de Stephen Bannon – fondateur de l’agence de presse Breitbart News, résolument raciste, antisémite, xénophobe et homophobe – au poste de conseiller spécial au sein de la nouvelle équipe présidentielle a fait long feu de cet appel. Sans compter la confirmation de Jeff Sessions comme ministre de la Justice : celui-ci fait face à des accusations de racisme après avoir reproché à un avocat blanc de faire « honte à sa race » en défendant des clients noirs [2]... Un autre rapport, celui du site Think Progress, dresse un état des lieux des agressions racistes sur une période plus longue, entre le 9 novembre 2016 et le 9 février 2017. Le document met en lumière leur progression et, encore une fois, leur lien avec l’élection de Donald Trump [3]. (...)

En France, la tradition violente des militants d’extrême droite

La France serait-elle à l’abri d’une telle recrudescence de haine et de violence ? Le 1er mai 2017, à une semaine du second tour de la présidentielle, se tenait à Paris une cérémonie de commémoration de la mort de Brahim Bouarram. Le 1er mai 1995, le jeune homme de 29 ans profitait d’une journée ensoleillée sur les berges de la Seine. Des néo-nazis, qui venaient de quitter la manifestation annuelle du Front national en l’honneur de Jeanne d’Arc, s’en sont alors pris à lui, avant de le pousser à l’eau. Brahim Bouarram coule et se noie. Son assassin sera condamné à huit ans de prison. « Cette violence nous dévoile ce qu’est le FN », estime l’évêque engagé Jacques Gaillot, présent ce 1er mai 2017 à la cérémonie.

« Il existe un fort attrait des militants d’extrême droite pour la violence. Ces derniers se perçoivent comme un rempart face à un péril qu’ils doivent juguler – comme le communisme, l’immigration ou la République, décrypte Stéphane François, politologue spécialiste des droites radicales [6]. Le rapport du FN à la violence, et surtout aux militants violents, est ambigu. Il évolue en fonction du contexte : parfois, ces derniers sont tolérés, voire acceptés. Parfois, ils sont rejetés. Vers 1985, des militants radicaux, pour ne pas dire néo-nazis, comme Serge Ayoub ou Fabrice Robert, ont porté les couleurs du FN lors d’élections locales. Dix ans plus tard, le service de sécurité du FN donnait lui-même les cassettes vidéos permettant l’arrestation des assassins de Brahim Bouarram. »

De nombreux cadres du FN continuent de flirter avec l’antisémitisme et le racisme, y compris au plus hauts échelons du FN (...)

Plusieurs anciens membres du Groupe union défense (Gud), un groupuscule d’extrême droite ultra-violent, figurent toujours au sein du premier cercle des proches de Marine Le Pen. Notamment son « banquier » officieux, Frédéric Châtillon, leader du groupuscule dans les années 90 (voir l’article de Marine Turchi sur les cercles d’influence de Marine Le Pen).

Depuis 2000, un contexte pas très rassurant

Passages à tabac de personnes noires ou arabes, ou de militants d’extrême gauche, dégradation de maisons, dépôts de pattes de cochon devant les domiciles : en France les violences racistes de personnes se revendiquant de l’extrême droite se déchaînent sur plusieurs fronts. On observe depuis les années 2000 une recrudescence du nombre d’actes racistes, xénophobes et antisémites. (...)

Dans le défilé du 1er mai 2017, plusieurs composantes d’extrême droite étaient présentes, des pancartes « Islam, hors d’Europe » et des croix gammées ont été brandies ou taguées. Des manifestants ont scandé « Immigrés dehors, les Français d’abord ».

Un manifestant n’a pas hésité à dire qu’il faut « expulser dans leur pays d’origine les étrangers extra européens, et particulièrement les immigrés d’origine afro-maghrébine ». À un comédien métis lui demandant ce que devraient faire les personnes de parents afro-maghrébins nés en France, et de ce fait français, ce manifestant répond : « C’est pas grave, ils retourneront dans leur pays d’origine, ils feront connaissance. » « Les élections sont comme un feu vert libérant les attitudes racistes, estime Marwan Muhammed, du collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). (...)

À Paris, des manifestants lycéens ont été confrontés à des membres d’un groupuscule néo-royaliste, l’Action française, à l’histoire sulfureuse. « C’est la première fois que l’on est confrontés physiquement à eux », témoigne dans les colonnes de l’hebdomadaire Politis Armand, animateur du compte twitter « Blocus Info », qui relaie des informations relatives aux mobilisations lycéennes.

La police et l’armée très tournées vers le FN (...)

dès que l’on passe aux agressions physiques, aux profanations de cimetières, aux dégradations de biens, on est essentiellement sur des profils de droite dure et d’extrême droite. Quand ce sont des actes prémédités, il faut des équipes, il faut planifier, qu’il y ait des collusions idéologiques. » Les jours qui vont suivre le second tour sont ainsi à surveiller de très près. Avec une particularité notable, en France, qui est assez alarmante : les fonctions publiques de la police et de l’armée comptent un nombre élevé d’électeurs du FN.

« L’impunité des violences et crimes racistes de la police française fait qu’ils peuvent envisager de dépasser les limites », estime Mamadou Dramé, du mouvement Ferguson in Paris. « Au commissariat, il y a des policiers qui haïssent les Noirs et les Arabes, constate un habitant de Grigny, une commune située à 23 km au sud de Paris. L’un d’eux en particulier, qui habite près de chez moi, ne cesse de me harceler en me disant qu’au lendemain matin de l’élection de Marine Le Pen, il va s’occuper de ma "sale gueule", alors que je n’ai jamais eu affaire à lui ni à la police. Des tas de policiers répètent les mêmes menaces ! » (...)

La haine raciste et la violence xénophobe, pour l’instant largement cantonnées aux réseaux sociaux à l’occasion de la campagne présidentielle, seront-elles également libérées par les résultats du FN ?

(...)