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Marie-Claude Saliceti
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Départements : Il y a de la fronde dans l’air.
Article mis en ligne le 27 avril 2014

La Méthode Valls passe mal dans les départements. Depuis que le premier ministre a semblé sceller d’une phrase le sort de ce pilier de l’administration territoriale, la fronde s’organise. Elle est orchestrée par Claudy Lebreton, le président de l’Association des Départements de France, l’ADF, qui rencontrant Manuel Valls avec une délégation de ses pairs, s’est vu confirmer à la fois la nouvelle et le calendrier prévu pour que disparaisse le département

Deux des figures tutélaires de l’institution, le landais Henri Emmanuelli et le girondin Philippe Madrelle résument, chacun à sa manière, le coté quelque peu ubuesque d’une réforme qui prend totalement à contre pied le dispositif et le calendrier que François Hollande et le gouvernement Ayrault avaient choisi et fait voter. Difficile d’ignorer en effet les engagements présidentiels, prononcés à l’heure des voeux en Corrèze, que rappelle Philippe Madrelle : " je ne suis pas favorable à leur suppression pure et simple - des départements - comme certains le réclament. Car des territoires ruraux perdraient en qualité de vie, sans d’ailleurs générer d’économies supplémentaires". (...)

Quant à l’élection prévue en 2015, selon une nouvelle carte cantonale et l’institution de la parité, elle fait dire à Henri Emmanuelli : "j’ai passé un an à refaire les cantons et, aujourd’hui, on me dit qu’on veut les faire disparaître. J’attends des explications de l’éxécutif.." Comprenons que faire campagne à partir de l’automne prochain, après des élections sénatoriales de tous les dangers pour la gauche, alors même que le département est appelé à disparaître en 2021, ressemble à une "mission impossible". Le chef de l’Etat, en l’occurrence totalement contredit par son premier ministre, peut difficilement le déjuger, d’autant que Valls a pris soin d’appuyer la soudaineté de son annonce sur des sondages, venus très opportunément révèler que les Français, interrogés sur le millefeuille, n’aimaient plus, mais plus du tout ce département qu’ils ne détestaient pas jusque-là. (...)

A l’heure où il est question de revoir la carte des régions, d’en diminuer le nombre de moitié, il reste plus que jamais nécessaire de spécifier les compétences de chaque collectivité mais aussi de trouver des économies véritables en conjuguant les moyens et les efforts de celles-ci, de leurs administrations réciproques. A commencer en matière d’enseignement par les collèges et lycées. L’Etat a le devoir de réunir, dans un chantier ouvert, régions et départements, ce qui devait être entrepris de façon décentralisée mais ne l’a pas été. Il faut s’interroger aussi sur la singularité d’une France rurale, celle qui reste éloignée d’une société urbaine dominante et est en grand danger. La Creuse ou la Gironde n’ont pas les mêmes chances de s’en sortir quand le département aura disparu.