Démocratie « pompeuse » et « droit de regard » sur la marche de la justice : parce qu’elle pèse désormais sur la direction de la politique pour servir ses fins ultimes que sont la répression et l’usage monopolisé de la violence, la police est en mesure d’être à elle-même sa propre fin. La police est désormais le nom de la gouvernance qui vient.
Darmanin, évidemment, et... tous les autres jusqu’à Jadot, sont allé prêter serment à la police mercredi matin devant l’Assemblée nationale.
Tout un symbole.
Ils sont allés, le premier flic de France, l’autoritaire PCF en lambeaux, le PS qui réclame encore plus de mansuétude à l’égard de la police, EELV qui confirme l’impossibilité structurelle de l’écologie politique française à s’imaginer une doctrine qui ne soit pas de suivisme, la Maire de Paris qui interdisait quelques jours plus tôt le soutien au peuple palestinien, tous et toutes sont allé-e-s prêter allégeance à un syndicat de police minoritaire et d’extrême droite.
Je dis allégeance. Car il ne faut pas s’y tromper : en mettant en place les conditions d’un changement de jeu et de règles du jeu les flics ont convoqué les politiques à se soumettre à leur ordre. Et pas le contraire.
Il faut voir dans ce qui ressemblera à une prise d’arme avec revue des troupes, le geste de subordination du politique à la pulsion de répression.
La question c’est : de quoi la police dont il s’agit ici, est-elle le nom ?
La police nationale, héritée de Vichy, organe de répression à la main de l’État, qui n’a jamais servi qu’à ça, à réprimer, cette police, qu’annonce- t-elle, ou plutôt que dévoile-t-elle de sa raison d’être ? Sarkozy en faisait le symbole de sa virilité et de sa posture de chefaillon. Macron en aura fait la solution unique, la réponse unique à tous les problèmes, toute stratégie politique étant désormais en plein désarroi, chaos.
Il semblerait que la police nationale soit passée aujourd’hui d’instrumentée, à instrumentrice, et c’est à la baguette que répond la fosse d’orchestre où les politiques, de l’extrême droite au PS, semblent avoir accordé leurs violons sur le même La.
De quoi la police, placée désormais devant tous les problèmes de société, agitée comme un recours possible, et surtout, légitime, de quoi cette police est-elle le nom ?
GJ et troubles à l’ordre public ? On recrée la BRAV. Face au désordre civil, légitime au demeurant, et supposant une réponse sociale, politique, économique ? on place la BAC chargée de la répression du... banditisme.
L’hôpital réclame les lits supprimés depuis 30 ans pour être à même de faire son métier en pleine pandémie ? on commande des munitions, de nouveaux véhicules blindés, on révise la doctrine d’emploi de la police.
On se plaint justement de cette dérive liberticide, lois « sécurité globale », « séparatisme » ; syndicalistes, croyants, militants … tous et toutes fiché-es dans un projet de loi de plus, visant soi-disant à juguler le terrorisme ? En bref on réclame de la démocratie ? C’est Eric Zemmour qui répond, agacé, en lieu et place du gouvernement et des forces de l’ordre elles-mêmes. Il faut choisir entre être protégé par une police - à qui on n’a rien demandé - et la démocratie.
La démocratie, cette chose fastidieuse (...)
Le gouvernement Macron aura été le premier à ne pas même faire l’effort de jouer au jeu - hypocrite, soit - de la république : négocier, discuter, apaiser, « faire du social », être pour de bon le garant d’une certaine sérénité publique. Entièrement consacré à la libéralisation du pays, son modus unique est, comme déjà dit, uniquement répressif. Pas le temps de finasser. Les seules sorties télévisuelles furent consacrées aux discours de combat, dans la guerre contre le Covid. Pour le reste, tout le reste, les rênes sont confiées aux flics. (...)
La police est désormais le nom de la gouvernance qui vient, arbitraire, exclusivement d’injonction et de répression, conduite par de petits chefs, forcément cruels, forcément violents. Forcément rendus fous par l’usage du pouvoir. Ils pointent déjà sous le mépris de Darmanin, la morgue froide de Lallemant, l’excitation des Zemmour, supplétifs de la com’ présidentielle. (...)
La police surtout va devenir, est déjà, un instrument à ses propres fins. Non seulement parce qu’elle est un marché, mais aussi parce qu’elle pèse désormais sur la direction de la politique pour servir ses fins ultimes que sont la répression et l’usage monopolisé de la violence. La police est désormais en mesure d’être à elle-même sa propre fin.
Si « pour les purs tout est pur », comme disait Nietzsche, qui rajoutait, « pour les porcs tout est porc », alors, pour un flic tout est crime, délit, tout acte ravalé à la nécessité de la répression. (...)
Nous vivons désormais dans un monde vu par les yeux du flic. Le monde du soupçon, un monde devenu le terrain de jeu de brutes armées, pour qui la sécurité est à elle-même sa propre justification.
La police est le nom des prochaines nuits de cristal. Des prochaines rafles. La police est le nom de la nouvelle Milice de Vichy. Enfin, de l’ancienne...
Des corps de police pointant la Justice comme l’ennemie, réclamant plus de répression.
Des intentions de vote à 60% RN,des faux témoignages, le Ministre de l’intérieur marchant avec eux devant l’assemblée nationale.
Excusez nous d’être inquiets ... https://t.co/9ycQHBLaJq— Sabrina AliBenali (@DrSabrinaaurora) May 21, 2021