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Marie-Claude Saliceti
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Dans les villes gérées par le RN : budgets sociaux sabrés, démocratie entravée, indemnités des maires augmentées…
Article mis en ligne le 17 mai 2021

Que s’est-il passé pendant six ans au sein des quatorze villes gérées par le RN/FN ? Le collectif Vigilance et initiatives syndicales antifascistes livre, avec les éditions Syllepse, son bilan de la gestion communale par l’extrême droite. En voici quelques illustrations.

Quatorze villes françaises sont aujourd’hui gérées par des maires d’extrême droite, ainsi que deux arrondissements de Marseille. Qu’y font-ils ? Quelle y est leur politique ? À l’approche des municipales, le collectif Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (Visa) [1] et les éditions Syllepse publient un nouveau bilan de la gestion municipales des villes gérées par des maires venus du Front national/Rassemblement national, le livre Lumière sur villes brunes. En voici des extraits au sujet de six villes : Mantes-la-Ville (Yvelines), Hayange (Moselle), Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Orange (Vaucluse), Cogolin et Luc (Var).

À Mantes-la-Ville, le maire RN s’augmente mais coupe drastiquement les budgets sociaux (...)

L’opposition dénonce cette opération et rappelle que « le maire, en trois ans, a divisé les subventions aux associations par deux, baissé le nombre d’agents municipaux de près de 20 % [...], supprimé au maximum tout ce qui a trait au social, en expliquant que les finances municipales vont mal et qu’il faut faire des économies... » !

Cyril Nauth, le maire Front/Rassemblement national de Mantes-la-Ville, continue discrètement de mettre en œuvre sa politique inégalitaire et discriminatoire. Comme dans toutes les municipalités d’extrême droite, c’est l’argument de la « bonne gestion » et de la diminution des impôts locaux qui sert à justifier la politique menée. Nauth affirme qu’il gère la ville en « bon père de famille » et dans ses vœux 2018 il s’est engagé « à continuer dans la voie du sérieux et de l’exemplarité en matière budgétaire ». Qu’en est-il réellement ?

Lorsqu’on regarde plus précisément les décisions prises, ces économies servent surtout à justifier la diminution, voire la suppression, des structures d’aides sociales (CVS, missions locales pour l’emploi...) et des subventions aux associations (FC-Mantois, LDH, le Comité des fêtes, l’école d’arts plastiques...) dont il aimerait réduire les activités. Elles servent aussi de prétexte pour réduire le nombre d’agents publics, donc des services à la population.

Mais ne sont pas citées les dépenses liées à son acharnement contre les demandes de permis de construire d’une mosquée et d’un centre culturel musulman (plus de 100 000 euros de frais de justice). Ni les frais d’un audit financier pour un bilan d’autosatisfaction à mi-mandat largement diffusé dans la ville. Ni encore le budget renforcé de la police municipale et de la vidéosurveillance...

À Hayange, Fabien Engelmann coupe l’électricité et le chauffage au Secours populaire (...)

À Hénin-Beaumont, Steeve Briois installe des caméras partout

Dès 2016, la mairie FN d’Hénin-Beaumont avait prévu l’installation de 110 caméras de surveillance à travers la ville (de moins de 30 000 habitant·es) et d’un centre de supervision, pour un coût global budgété de 531 000 euros.
Or, l’installation effective du dispositif de vidéosurveillance a pris du retard, puisque la mairie d’extrême droite avait tablé sur une aide financière de l’État de 300 000 euros, via le Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FPID). Or, au moins jusqu’ici, l’État a un peu traîné les pieds, face à l’enthousiasme de la mairie FN.

Alors que l’ex-FN devenu RN poursuit tranquillement sa politique d’implantation locale et de préparation des municipales de 2020, sa gestion locale a fait, ces derniers mois, peu de vagues publiquement. La volonté de certaines municipalités d’extrême droite d’afficher une « normalité » vers l’extérieur y contribue autant que le comportement des médias, dont l’attention s’est détournée de la gestion des mairies FN/RN à partir du moment où l’actualité n’y apparaissait pas « spectaculaire » ou sensationnelle.

Hénin-Beaumont, la seule municipalité que le FN a prise en 2014 avec une majorité absolue dès le premier tour des élections municipales, a toujours été le laboratoire de cette stratégie du « peu de vagues ». Le maire de la ville, Steeve Briois, étant aussi vice-président du FN, ex-secrétaire général ainsi que député européen, il occupe les hautes positions dans l’appareil du parti parmi les maires d’extrême droite en place.

Au cours du premier semestre 2018, l’attention publique et médiatique a surtout été attirée sur la municipalité d’Hénin-Beaumont à l’occasion de plusieurs procès qui impliquent des acteurs politiques locaux, à la fois de l’équipe municipale mais aussi de l’opposition. (...)

Le 6 février 2018,le Parlement européen a voté la levée de l’immunité parlementaire de Steeve Briois, sur la demande du parquet de Douai. Ceci afin de permettre des poursuites pour des propos qualifiés d’injures publiques, que le maire avait publié le 23 décembre 2015 sur sa page Facebook et qui visait l’élu d’opposition David Noël (PCF). Ce dernier était accusé, notamment, de « haine » contre la ville. Du côté de l’opposition, l’élue écologiste Marine Tondelier, l’une des plus actives à tenir tête à la municipalité FN/RN, a été à son tour mise en examen, comme l’a annoncé la VDN le 7 juillet 2018. En cause, plusieurs passages du livre qu’elle a publié en mars 2017 sous le titre Nouvelles du Front, où elle relate les intimidations et les pressions exercées par l’équipe municipale contre ses détracteurs locaux. (...)

À Orange, Jacques Bompard muselle l’opposition

Depuis le début de ses mandats (en 1996), Jacques Bompard [ancien du FN, fondateur du parti Ligue du Sud, allié à divers groupes d’extrême-droite, mais concurrent local du FN/RN, ndlr] essaye de museler toute opposition. Cette politique s’amplifie au dernier trimestre 2017 (...)

M. Bompard a une vision bien particulière de la démocratie. Par exemple, son contournement de la loi sur le cumul des mandats. À la suite des élections législatives, M.Bompard en plus de son mandat obtient celui de député, ce qui n’est plus possible avec la nouvelle loi. Pas grave, ce grand défenseur de la démocratie a une stratégie pour garder tous les pouvoirs en mains : démissionner de son mandat de maire, pour être dans les clous dans un premier temps, puis se faire réélire par le conseil municipal (la dernière élection étant celle qui donne mandat) le 25 juillet, et en même temps, continuer à agir au sein de l’Assemblée nationale via sa suppléante.
À Cogolin, le maire RN se vante d’être hors la loi

Le dévoilement de plusieurs heures d’enregistrements de conversations téléphoniques entre le maire, un notable bistrotier et son fils, en février 2017, est édifiant : menaces et chantages à peine voilés, mépris affiché des petits commerçants, cynisme vis-à-vis de sa propre majorité qualifiée de « liste de débiles que je trimbale » accusée de « demander des choses pour eux » dans leur « pré carré ». La cerise sur le gâteau arrive quand il parle de lui-même : lui qui est « prêt à tout » pour rester maire « ad vitam aeternam », qui se vante d’être un « vrai petit écureuil » qui a mis de l’argent partout, et pas seulement en Croatie, et qui explique à son interlocuteur qui lui certifiait n’avoir jamais fait les choses hors la loi : « Tu as bien de la chance, moi j’ai fait ça toute ma vie. » (...)

Sur le plan judiciaire, les enregistrements saisis par la gendarmerie de Saint-Tropez ont atterri sur le bureau du procureur de la République à Draguignan. On attend les suites (...)

Cette histoire nauséabonde n’empêche pas la mairie de continuer son Monopoly juteux. Ainsi, le 13 juin, Var Matin annonçait que la régie municipale du port des Marines de Cogolin avait fait l’acquisition d’un ensemble immobilier pour 3 millions d’euros pour y installer un yacht-club et qu’elle allait emprunter 6 millions d’euros en 2018.

Au Luc, valse des directeurs, menaces et charte « Ma commune sans migrant »... (...)
Heureusement, dans le Var, comme dans beaucoup d’autres régions, la solidarité concrète avec les migrants s’organise et ce n’est pas cette prose honteuse qui la freinera, même au Luc.

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