Les incendies qui ont ravagé une partie des forêts françaises cet été ont révélé au grand public que nombre d’entre elles étaient devenues des usines à bois. Face à l’emprise de la monoculture de résineux, des alternatives se mettent en place, soutenues par des penseurs du vivant qui réactivent la dimension mythique de la forêt primaire.
En ces temps incertains où l’horizon semble obturé par la crise sanitaire, la catastrophe écologique et le retour de la guerre, les forêts sont devenues des refuges. Des abris où il est encore possible de respirer. Des écrins dans un monde surchauffé, des lignes de fuite à portée de sentiers, des terrains arpentés pour mieux se retrouver.
Ce retour aux forêts fut précédé par la redécouverte des arbres. Sur le terrain scientifique, tout d’abord. Le botaniste français Francis Hallé, connu pour avoir posé, il y a près de quarante ans, un « radeau » sur les cimes de la canopée amazonienne, observant la forêt d’en haut et non plus d’en bas. Un renversement de perspective qui contribua à écorner le primat de l’animal sur le végétal. (...)
Après les cimes, on explore le sol. Et c’est un monde invisible qui, depuis, ne cesse de s’ouvrir, dans lequel l’univers de la forêt apparaît aussi foisonnant qu’une mégapole.
Les arbres se sont ensuite imposés dans l’espace public. Dans son best-seller mondial La Vie secrète des arbres (2017), le forestier allemand Peter Wohlleben en a popularisé les « secrets », au risque de l’anthropomorphisme. (...)
Reconnexion au vivant
Alertés par les occupations de territoires où des forêts étaient, comme d’autres milieux de vie, défendues, comme à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) ou dans la forêt de Tronçais (Allier), des écrivains, telle Marielle Macé, ont célébré les cabanes afin d’« imaginer des façons de vivre dans un monde abîmé » (Nos cabanes, Verdier, 2019). Roman métaphorique construit en quatre parties aux consonances arboricoles – « Racines », « Tronc », « Cime » et « Graines » –, L’Arbre-monde (2018), de l’écrivain américain Richard Powers, Prix Pulitzer de la fiction en 2019, est placé sous le signe d’une conversion et d’une reconnexion au vivant : son auteur considère désormais que « les arbres sont des créatures bien plus sociales et sociables que nous ne l’imaginons généralement ». (...)
6 décembre :