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Reporterre
Dans les campagnes, les destructions contre la chasse se multiplient
Article mis en ligne le 8 février 2021

Depuis le deuxième confinement et la dérogation obtenue par les chasseurs pour pratiquer leur « loisir », les gestes de destruction de leur matériel se multiplient dans les campagnes. Reporterre a suivi deux de ces « promeneurs » engagés.

Autour d’un bois longeant la plaine, un rassemblement de 4X4 et de gilets orange fluo attirent tous les regards. « C’est les chasseurs, ils vont commencer leur battue », explique Bastien, dont le prénom a été modifié à sa demande. Il est promeneur et il aime photographier les animaux qu’il rencontre au cours de ses balades. Mais, depuis quelque temps, les photos ne sont plus le seul but de ses sorties matinales.

Avec l’annonce du second confinement, pendant lequel les chasseurs ont obtenu le droit de profiter seuls de la nature, les promenades de Bastien se sont transformées en véritables opérations clandestines. « J’ai décidé que ça avait assez duré. On ne peut plus vivre dans la peur de prendre une balle », dit-il fièrement. Dans son sac à dos, sous un petit morceau de toile sombre, une lame affûtée attend son heure. « C’est une petite scie », un outil qu’il destine aux équipements des chasseurs, qu’il trouve au fil de ses promenades. « Je prévois rarement, en général je tombe dessus par hasard », raconte-t-il. Mais il reste aux aguets. (...)

« À force de m’en prendre plusieurs fois au même matériel, ils finissent par poser des pièges photographiques, donc je fais plus attention. » Au loin, un premier coup de carabine vient briser l’immobilité du paysage gelé. « En plus, les chasseurs ne sont pas loin. » Quelques centaines de mètres plus avant, Bastien fait demi-tour : la balade se termine. « On va dans leur direction, ce n’est pas très prudent, explique-t-il. Et puis, je préfère me promener seul, c’est plus discret. » (...)

François, également un nom d’emprunt, préfère quant à lui s’en prendre à un type de matériel bien précis : « Depuis que je me balade en forêt, je détruis systématiquement les pièges que je découvre », raconte-t-il. Promeneur, comme Bastien, il s’oppose à la chasse depuis une trentaine d’années. Depuis quelque temps pourtant, ses actions sont limitées : « Entre le confinement et le couvre-feu, ça devient compliqué de sortir de chez soi. Ce n’est pourtant pas l’envie qui me manque », avoue-t-il. Au cours de ses sorties, il a eu affaire à toutes sortes de pièges : pour les oiseaux, les renards… Mais un l’a particulièrement marqué : « C’était une cage à corbeaux. »

« J’ai éventré la cage pour les faire sortir, et ai emmené le plus faible à un refuge pour le faire soigner », raconte-t-il. Quelques semaines plus tard, le corbeau recouvrait sa liberté. (...)

« J’ai éventré la cage pour les faire sortir, et ai emmené le plus faible à un refuge pour le faire soigner », raconte-t-il. Quelques semaines plus tard, le corbeau recouvrait sa liberté. (...)

Le 24 janvier, le naturaliste Pierre Rigaux a partagé sur les réseaux sociaux une vidéo, où l’on voit deux adolescents porter secours à un blaireau pris dans un piège posé par un chasseur.

Pour François, cette augmentation des actes antichasse n’a rien d’étonnant. « Les chasseurs ont tout fait pour se mettre les gens à dos », dit-il, évoquant notamment la chasse à courre, toujours d’actualité dans sa région. Pour autant, il ne trouve pas toutes ces actions utiles ou efficaces : « Renverser un mirador n’avance à rien : il est vite remis à sa place, et des animaux continuent de mourir », estime-t-il.

Face à ce qu’elle appelle le « chasse-bashing », la Fédération nationale des chasseurs (FNC) a mis en place une cellule de signalement de ces actes. « Sans que je les prévienne, la fédération [de chasse] m’a appelé et m’a posé tout un tas de questions, se souvient Daniel Guillaume. Ils voulaient que je porte plainte, mais je ne l’ai pas fait. » (...)

Ainsi depuis septembre, une quarantaine de dégradations matérielles ont été signalées à la Fédération. « Les plus visés sont les miradors et les véhicules des chasseurs », dit Sophie Baudin, responsable des relations presse à la FNC. (...)

À cela s’ajoute une dizaine de plaintes pour violences physiques, et de nombreuses plaintes pour violences verbales, notamment sur les réseaux sociaux. Mais les auteurs sont rarement identifiés. Quant aux peines encourues, elles peuvent s’élever à « sept ans d’emprisonnement et 100.000 € d’amende » en cas de circonstances aggravantes, comme « la dissimilation du visage ou l’infraction en réunion », précise Sophie Baudin. Des conséquences qui n’inquiètent pas spécialement les deux promeneurs. (...)

« C’est sûr qu’il ne faut pas en parler à n’importe qui, et il faut agir à l’abri des regards ! »